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Tlemcen

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Nous avions repris notre route; animée par les récits du cousin Jean, elle me parut courte, et nous arrivâmes à Tlemcen par la route carrossable.

On traverse la rivière de l’Isser qui coule à deux kilomètres de la ville, et on a devant soi comme une vision magique.

Au premier plan, les bois d’oliviers, les vergers, les jardins; au fond, la montagne en gradins, les eaux tombant en cascades limpides, de ressaut en ressaut, dans la plaine. Au milieu, la ville blanche avec ses mosquées et les murailles crénelées du Mechouar, forteresse intérieure d’où les Koulouglis, superbe race issue des Turcs et des Mauresques, disputèrent pendant cinq ans leur liberté contre Abd el-Kader, oppresseur du reste de la ville dont il s’était rendu maître. A l’arrivée, à Oran, du maréchal Clausel et du duc d’Orléans pour l’expédition de Mascara, les Koulouglis implorèrent le secours de la France contre l’ennemi commun, Abd el-Kader.

Rentrant de Mascara à Oran dans les derniers jours de décembre 1835, le maréchal repartit de cette ville le 8 janvier 1836, à la tête d’une colonne de sept mille hommes d’élite, et arriva le 12 à Tlemcen.

Après avoir livré trois combats, le maréchal resta maître de la ville dont il organisa l’administration; il pourvut ensuite à sa défense et la quitta le 7 février 1836, pour regagner Oran.

L’administration, question d’argent, fut une source de grands chagrins pour le maréchal; quant à la défense, elle consistait en un bataillon de cinq cent cinquante hommes, laissés en garnison au Mechouar.

Le maréchal choisit pour commander cette troupe le capitaine du génie Cavaignac, et fit appel aux hommes de bonne volonté de l’armée Il s’en présenta un très grand nombre de tous les corps; cinq cent cinquante furent pris et organisés en compagnies sous les ordres d’officiers également volontaires.

Le général en chef s’occupa tout aussitôt d’approvisionner le Mechouar en vivres et munitions de guerre. Une quantité énorme de blé y fut apportée.

La seule chose qui pût y manquer au bout de quelque temps, c’était la viande fraîche; mais les habitants pouvaient en fournir à leurs protecteurs, et ceux-ci étaient des hommes à savoir s’en procurer aux dépens des tribus voisines, en hostilité avec l’armée française. Puis, le maréchal et sa colonne repartirent pour Oran.

Pendant six mois, le petit bataillon fut bloqué au Mechouar. Les jours se succédaient, pour les soldats, avec la même uniformité, ramenant sans cesse les mêmes prodiges d’audace et d’adresse dans les embuscades dressées chaque soir pour se protéger, et dans les razzias, qu’une poignée d’hommes exécutait à des cinq ou six lieues de Tlemcen, sur les tribus hostiles.

Au bout de six mois, pourtant, le général Bugeaud retira le bataillon du Mechouar.

Mais, revenons au départ du maréchal Clausel de Tlemcen, le bataillon Cavaignac une fois installé au Mechouar.

Les Arabes semblèrent avoir réservé toute leur audace pour cette marche rétrograde sur Oran.

Dès les premiers jours, ils harcelèrent la colonne avec une ténacité et un acharnement tels que le maréchal dut se porter plusieurs fois à l’arrière-garde et ordonner des manœuvres comme devant un ennemi plus sérieux.

Au passage de Tisser, il y eut un combat des plus vifs, qui se termina par une belle charge des chasseurs d’Afrique. La nuit fut très inquiétée, et il s’y passa des faits curieux, prouvant bien jusqu’à quel point les Arabes poussaient l’audace individuelle.

Pendant qu’une partie d’entre eux tiraillaient sur une face, une autre se glissait dans le camp français, par le côté opposé. Pour se rendre plus invisible, chaque Arabe s’était dépouillé de ses vêtements; quelques-uns même les avait remplacés par des branches de feuillage; de sorte que, marchant quelques pas avec précaution, puis s’arrêtant quelques instants, on les confondait avec les broussailles.

A cette époque, on ne connaissait pas encore l’excellente pratique des embuscades se reliant entre elles tout autour du camp; on avait simplement des grand gardes, en avant, sur chaque face, de sorte qu’il était très facile aux ennemis de passer par les intervalles que ces postes laissaient entre eux et de pénétrer jusqu’au front de bandière Là, ils n’avaient à craindre que la sentinelle placée devant les faisceaux de fusils.

Or, ces faisceaux, très espacés, tenaient tout le front d’une compagnie. La sentinelle, se promenant devant les armes qu’elle devait garder, tournait nécessairement le dos à une extrémité quand elle s’avançait vers l’autre.

Les maraudeurs, blottis à quelques pas de là, suivaient ses mouvements; puis, saisissant le moment opportun, d’un bond dépassaient les faisceaux et pénétraient dans le bivouac, où, avec une dextérité merveilleuse, ils détachaient les chevaux ou mulets qui leur convenaient le mieux, et les emmenaient hors du camp, sans que ni le maître du cheval, ni son ordonnance, ni les sentinelles s’en aperçussent. D’autres fois ils s’arrêtaient au front de bandière et enlevaient un, deux, trois fusils, souvent même des faisceaux entiers.

Un soir, me conta le cousin Jean qui m’apprenait tout cela pendant que nous parcourions les rues de Tlemcen, un soir, les Arabes voleurs avaient commencé à exercer leur industrie d’une manière assez fructueuse, et ils l’auraient continuée tranquillement sans un incident qui mit tout le monde sur pied.

Un des maraudeurs, passant près du feu de bivouac des grenadiers du 62ème, aperçut, au milieu des hommes profondément endormis, un grand ballot roulé dans une couverture.

Jugeant qu’il devait y avoir là un butin précieux, il empoigna ce ballot et le mit sur son épaule.

Aussitôt, voilà sa charge qui se remue, s’agite et pousse des cris étouffés…

L’Arabe à peur, jette son fardeau à terre et se sauve.

La couverture finit par se dérouler, et il en sort un officier de la compagnie de grenadiers, qui, sous le coup de son étrange cauchemar, se met à crier:

- Aux armes!

Bientôt les coups de feu partent de toutes les faces, et les grand’ gardes se mettent aussi à tirer sans savoir où ni pourquoi; c’était un véritable feu de deux rangs.

Vérification faite, il manquait quelques chevaux et mulets, plus trois faisceaux tout entiers, enlevés à une compagnie d’élite. Le maréchal Bugeaud en fut de fort mauvaise humeur le lendemain, et, pour punir la compagnie qui avait laissé dérober ses armes, il ordonna qu’elle marche dorénavant avec les bagages: humiliation dure pour des gens de cœur.

Toujours marchant et combattant, la colonne atteignit le Défilé de la Chair, après trois jours dé fatigue; la eut lieu la dernière et la plus vive action de la campagne.

Le matin, le maréchal, touché du repentir des grenadiers, leur donna la place d’honneur à l’arrière-garde, après avoir réarmé tout le monde avec les fusils des hommes à l’ambulance.

Les braves soldats se battirent comme, des lions et recouvrèrent l’estime du maréchal, estime que, à vrai dire, ils n’avaient jamais perdue.

Pour se débarrasser des maraudeurs, le maréchal Bugeaud créa le système des embuscades de nuit, longue chaîne de tirailleurs, couchés, deux par deux, dans les ravins, dans les broussailles, derrière les pierres, ne bougeant pas de leur position de toute la nuit, quelque temps qu’il fasse, l’oreille et l’œil au guet, le doigt sur la détente du fusil, ne tirant jamais qu’à bout portant.

A force de tuer des Arabes, on parvint à les dégoûter de leur métier de maraudeur.

Continuant notre course à travers Tlemcen et en passant sur la promenade, au centre de laquelle est précisément le Mechouar, dont venait de me parler le cousin Jean, je considérai les solides murailles de la vieille forteresse. Mes yeux s’arrêtèrent particulièrement sur une pièce de canon qui passe son cou, démesurément allongé, par son embrasure.

- Ah! me dit mon cousin, vous regardez ce canon?

- Oui, il me paraît énorme.

- C’est un canon-potence.

- Comment, un canon-potence!

- Parfaitement, ce canon a servi de potence au moins une fois à ma connaissance.

- Il y a donc une histoire, à la bouche de ce canon?

- Oui, et même assez drôle.

- Vite, contez-la-moi.

- Volontiers.

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