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Safrané

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

La seconde histoire, bien plus gaie, continua le cousin Jean, a eu pour héros le capitaine Safrane, un Béarnais pur sang, brave et fin comme le Henric de son pays. Il avait toujours dans son sac quelque ruse de guerre ou quelque malice de gai compagnon.

Au plus fort de l’insurrection de 1845, au lendemain du désastre de la petite colonne de Montagnac à Sidi-Brahim. Safrane était enfermé dans la redoute de Ain-Temouchent, qu’il était chargé de garder avec sa compagnie, réduite par les fièvres à une cinquantaine d’hommes et approvisionnée des seules cartouches de la giberne.

Abd el-Kader, fier de ses succès éphémères, tournait autour de la redoute à peine ébauchée, cherchant par où il pourrait l’attaquer et l’enlever, tandis que, de son côté, Safrane s’ingéniait pour imposer à l’ennemi et ne trouvait rien de mieux que le stratagème suivant.

Réunissant toutes les calottes et les chapeaux laissés sans emploi par les zouaves et les colons, il les plaça sur des bâtons, le long des fortifications, de manière à dépasser à peine la crête du talus. Prenant ensuite une dizaine de charrues à roues existant dans le village, il les mit aux angles de la redoute, en y ajoutant une pièce de bois noirci, pour simuler le canon. La ruse était enfantine; il suffisait d’une bonne lunette pour la découvrir.

Mais soit qu’elle eût trompé Abd el-Kader, soit que celui-ci eût des motifs personnels de ne pas persister dans ses projets, le capitaine Safrane eut la satisfaction devoir les Arabes s’éloigner le lendemain.

Du reste, Safrane avait des ressources pour tous les cas dans son sac béarnais; en voici un qui ne manque pas d’originalité.

Quoique dans la force de l’âge, il avait perdu les cheveux et les dents dont la nature l’avait gratifié, et remplacé les premiers par une perruque, les seconds par un râtelier mobile savamment agencé.

Ces deux merveilles de l’art lui servirent à se débarrasser d’amis trop obséquieux, comme les charrues l’avaient délivré d’ennemis trop inquiétants.

En dehors des crises insurrectionnelles, aiguës, nos colonnes étaient toujours accompagnées par des goums de tribus soumises.

Nous en connaissions tous les cheiks et les aghas, qui, eux aussi, nous connaissaient plus que; nous l’aurions voulu.

Ils étaient constamment dans les camps, surtout après le repas du soir, lorsqu’ils supposaient qu’était venue l’heure de la pipe et du café; puis c’était le diable pour les faire déguerpir.

Le capitaine Safrane en était énervé plus que tout autre. A bout de patience, il trouva un jour le truc que voici.

Il avait une demi-douzaine de cheiks sous sa tente, sa boîte à café allait être épuisée, il avait plusieurs fois prononcé le bonsoir sacramentel, et personne ne bougeait. Qu’imagine-il alors. Il étend sa peau de mouton et sa couverture, et se couche entre les deux.

Les arabes le regardent, mais sans broncher.

Safrané ôte sa perruque et apparaît avec sa tête polie comme un œuf d’autruche.

Ses hôtes ouvrent de grands yeux, chuchotent entre eux mais ne s’en vont pas.

Ah! Ce n’est pas assez? attendez. Safrané met ses doigts dans sa bouche, dévisse son râtelier et le pose tranquillement sur sa cantine.

Pour le coup les cheiks n’y tiennent plus; ils se lèvent et sortent de la tente en se bousculant, effrayés du prodige et se demandant ce que pouvait être ce capitaine qui se démontait ainsi! Le lendemain, ils passèrent sur le flanc du bataillon en marche, cherchant des yeux Safrane, pour s’assurer qu’il était bien en chair et en os.

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