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Oran

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Oran a une place importante dans l’histoire de l’Algérie et de l’Espagne.

Par sa position stratégique à l’entrée du détroit de Gibraltar, elle devait, nécessairement, être également convoitée par la puissance chrétienne de la rive nord de la Méditerranée et par le pouvoir barbaresque de la rive sud.

Oran, bâti par les Maures, leur fut enlevé par le grand ministre espagnol, le cardinal Ximénies, qui s’empressa de le fortifier, ainsi que Mers-el-Kebir, qui termine au nord-ouest la demi-circonférence de la baie d’Oran, dont le port est le meilleur de la côte africaine.

Les Espagnols hérissèrent de forts leur nouvelle conquête, ils en bâtirent sur tous les points culminants et leur donnèrent les noms de: Sainte-Croix, Saint-Philippe, Saint-Grégoire, Saint-André, etc.

Cette occupation fut assez forte, pendant des années, pour que les terribles frères Barberousse n’osassent pas entamer là lutte, et fussent forcés de tourner Oran, au loin, pour exercer leurs dégradations dans l’intérieur des terres.

Quand Haroudj, l’aîné des deux Barberousse, eut succombé dans un combat contre les Espagnols, son frère Khaïr-Eddine donna une impulsion plus féroce et plus politique aussi, à la piraterie, en se plaçant sous la suzeraineté du sultan de Constantinople.

Il désola les populations chrétiennes; il prit «Mahon» dont toute la population fut transportée en esclavage; il enleva «Bougie», «Tunis», et le Penon d’Alger aux Espagnols, mais sans rien osé entreprendre contre Oran, qui resta aux chrétiens jusqu’en 1707.

L’Espagne, agitée à cette époque par les discordes sanglantes qui suivirent la mort de Charles II, et par la guerre de succession, n’avait pu porter qu’une attention secondaire à ses possessions du nord de l’Afrique.

Oran n’avait qu’une très mauvaise garnison, très faible, sans approvisionnements suffisants, et cependant résistait aux tentatives des bandes algériennes, avec l’aide, toutefois, de la puissante tribu des Beni-Amer, qui furent, bien plus tard, en 1830, nos premiers et plus fidèles alliés Hassen-Bey, après plusieurs conférences secrètes avec le consul anglais, qui lui promettait l’appui d’une flotte de sa nation, partit pour Oran, à la tête de son armée, dès les premiers jours de mai 1707, et mit le siège devant la ville.

Les assiégés, ne recevant aucun secours de l’Espagne, se laissèrent aller au découragement.

Ceux qui défendaient le fort Saint-Philippe se rendirent les premiers en septembre 1707, à la condition d’avoir la liberté. Il n’en fut rien: réduits en esclavage, ils furent envoyés au bagne d’Alger.

Le château de Sainte-Croix fut rendu par une horrible trahison des soldats de la garnison, qui tendirent des échelles aux Turcs et les firent monter dans la place, après avoir maltraité et enfermé leurs officiers qui voulaient résister; ils n’en furent pas moins emmenés comme esclaves.

Le château de Saint-Grégoire fut pris d’assaut le 1er novembre; les Turcs tuèrent tout ce qui s’y trouva, à l’exception de six hommes qui s’étaient cachés.

Le commandant du château Saint-André fut trompé par une capitulation écrite en arabe, qu’on lui disait contenir l’engagement de le laisser libre.

Mers-el-Kébir, qui avait une garnison de douze cents hommes, pressé par la famine et le manque d’eau, fut forcé de se rendre; enfin, après un an de siège, la ville capitula.

Le 24 mai 1708, Baba-Assan fit son entrée à Alger, amenant plus de deux mille prisonniers. Le consul anglais, seul, illumina trois nuits de suite; cette basse flatterie déplut aux musulmans.

Lorsque le traité d’Utrecht eut raffermi Philippe V sur le trône d’Espagne, il annonça son intention de reconquérir Oran, par un manifeste daté de Séville, le 7 juin 1732.

Rien ne fut négligée pour le succès de l’expédition; une belle flotte, portant vingt-cinq mille hommes, partit d’Alicante le 15 juin et mouilla, trois jours après, au cap Zalcan. L’expédition était sous les ordres du comte de Mortemart.

Le généralissime faisait ses préparatifs d’attaque, lorsqu’une affaire d’avant-garde décida du sort de la place. Les Turcs poursuivaient l’aile droite de l’armée espagnole, quand les grenadiers de l’aile gauche, commandés par le marquis de Villa-Durias, parurent sur le sommet d’une colline qui dominait la ville.

La garnison, dans les forts, fut si effrayée à cette vision inattendue, qu’elle se replia en foule vers la ville, et y répandit l’alarme.

Ayant la nuit, Oran et tous ses châteaux furent déserts.

Cette nouvelle occupation espagnole dura vingt-cinq ans, durant lesquels Oran ne cessa d’être assiégé par les musulmans, soit algériens, soit marocains.

L’Espagne se décida facilement à abandonner une position qui était pour elle une charge sans aucune compensation.

La ville et les fortifications avaient été ruinées par deux tremblements de terre, et Oran coûtait annuellement quatre millions et une dizaine de mille hommes, morts, esclaves, déserteurs ou, ce qu’il y avait de plus triste… renégats…

Les Français occupèrent Oran sitôt après la conquête d’Alger et celte fois encore, mais pacifiquement, les Espagnols en reprirent le chemin.

L’Algérie tout entière contient, à l’heure qu’il est, près de cent mille Espagnols.

Les deux tiers habitent la province d’Oran, et, dans la ville même, il y en a vingt-cinq mille, tandis qu’il n’y a que onze mille Français.

L’émigration va croissant. Les paysans de Valence et de Murcie ne sont qu’à quelques heures de mer qu’il arrive une mauvaise saison, comme celle de 1879, et les barques les amènent par centaines. Ils couchent le long du port ou sur les places, et, s’ils ne trouvent pas à se louer comme portefaix ou jardiniers, s’en vont dans la campagne se livrer aux travaux des champs et à la récolte de l’alfa.

Ce sont de bons cultivateurs, sobres et laborieux, fort entendus aux soins que réclame la terre algérienne, qui reste improductive sans irrigations. Ils ont dans les veines du sang de ces Maures qui apprirent à l’Espagne à ménager ses eaux.

L’émigration leur coûte d’autant moins, qu’à Oran ils peuvent se croire encore dans leur pays, les deux bords de la Méditerranée se ressemblent trait pour trait, et ils se retrouvent au milieu de leurs compatriotes qui ont une colonie jusque dans les moindres villages de la province.

A Oran même, la mairie rédige ses affiches dans les deux langues, et l’Espagnol est aussi fréquemment sur les enseignes que le Français.

Dans le populaire, c’est le costume espagnol qui domine: le mouchoir noué autour de la tête, la veste courte et noire, la large ceinture passée sur le gilet et le pantalon, les guêtres boutonnées. Quelques-uns portent le large sombrero.

Cette importance de l’élément espagnol accentue encore le caractère africain de la province; les teints y sont bistrés comme du cuir de Cordoue, les yeux sont noirs et sombres comme ville, Oran n’Offre rien de très curieux, quand on a parcouru la charmante promenade de Letang, qui longe la mer, au milieu des arbres et des fleurs et d’où l’on a plusieurs vues remarquables des côtes qui se dessinent jusqu’à Mers-el-Kebir, on n’a plus qu’à monter sur une des hauteurs voisines, pour contempler le panorama de la ville qui possède un encadrement bien intéressant, bien particulier.

Les Espagnols, pendant leur occupation de trois siècles, en avaient fait un bagne, et, pendant trois siècles, les forçats furent occupés à maçonner et à bâtir. Il semble que les gouverneurs mettaient leur orgueil à ajouter quelques murailles à celles qu’avait laissées leur prédécesseur, si bien que la ville a toutes les hauteurs qui la bordent absolument couvertes de fortifications.

D’Oran, nous continuons notre voyage sur Tlemcen et nous nous arrêtons quelque temps a Ain-Temouchent, station du chemin de fer, autrefois simple hameau, et aujourd’hui gros village gardé par une redoute, seule protection des colons.

Ain-Temouchent rappela à mon aimable compagnon, le cousin Jean, deux faits d’un caractère bien différent qu’il ne manqua pas de me raconter.

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