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Monseigneur Dupuch

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

L’ouragan qui déracina, en 1830, le chêne Bourbonien dont les rameaux puissants couvraient et protégeaient depuis des siècles notre patrie, arracha, des murs d’Alger, en même temps que les Lys, la croix qui venait d’y être arborée.

Ce fut une dislocation, une débâcle générale; avec le vainqueur d’Alger, brutalement exilé, presque tous les généraux rentrèrent en France; l’armée fut réduite au squelette d’une division; des soixante prêtres qui, le matin de là bataille de Staoueli, avaient célébré la sainte messe sur ce terrain à jamais illustre, quatre seulement étaient restés dans la ville conquise, se cachant plus soigneusement des Européens que des indigènes, adorant en secret le signe de notre rédemption! Le silence dura un an.

Le 1er Mai 1831, jour de la fête du Roi, le général Berthezène, alors commandant de l’armée d’Afrique, jugea bon de revenir aux anciennes pratiques. Après la revue des troupes, il y eut dans une pauvre petite chapelle, une messe militaire.

C’était, depuis le temps du maréchal Bourmont, le premier acte religieux auquel les vaincus, étonnés d’une indifférence qui choquait leur esprit, eussent vu s’associer les vainqueurs.

Eux qui vont à la mosquée ne pouvaient pas comprendre que les chrétiens n’aillent pas à l’église.

La même courtisanerie se répéta chaque année à pareille époque, jusqu’à ce que le gouvernement de Paris, comprenant la nécessité de recourir à la religion s’il voulait faire œuvre de colonisation en Algérie, et cédant aux sollicitations de l’armée, se décida à donner au culte catholique en ce pays, une organisation régulière, en rapport avec les besoins de cette conquête

Il nomma un évêque: ce fut M. l’abbé Dupuch qui fut appelé à restaurer le siège épiscopal de saint Augustin.

Préconisé à Rome, le 13 Septembre 1838, le premier évêque de l’Église renaissante d’Afrique arrivait le 30 décembre à la métropole de son évêché.

Il était reçu au débarcadère par le colonel Marengo, commandant la place d’Alger, quatre prêtres qui formaient tout le clergé de la colonie et quelques Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition.

Bientôt ce pauvre cortège se grossit, à la nouvelle qu’un évêque venait d’arriver, et Mgr Dupuch, se rendant à l’unique église de la ville, était en quelque sorte porté par les flots pressés des Espagnols, des Italiens et des Maltais, tombant à ses genoux pour lui demander sa bénédiction.

Nombre de Français, aussi, étaient accourus sur son passage. Entré dans son palais épiscopal, il y reçut immédiatement les autorités de la colonie.

A leur tête était le maréchal Valée, gouverneur général; venaient ensuite l’amiral Bougainville, les états-majors de la place, de la division militaire, de la marine, ainsi que le corps municipal, les administrations civiles, le cadi, le muphti, le pasteur protestant et quelques colons.

Le maréchal Valée voua dès ce moment à l’évêque la plus sincère affection.

Les enfants de Mahomet, eux-mêmes, se sentirent subjugués par un charme irrésistible.

Le cadi, suivi de deux doctes musulmans, s’approcha, et après avoir considéré tantôt le nom de Dieu écrit en arabe sur les murs du palais, tantôt la croix pectorale de Mgr Dupuch, il prit les mains du pontife et lui dit, en les serrant affectueusement:

- Nous savons que tu nous aimes et que tu aimes les pauvres. N’est-ce pas que tu ne fais pas de distinction entre ceux de notre culte et ceux du tien?

- Oui, répondit Mgr Dupuch, je regarderai les pauvres, non pas avec les yeux, mais avec le cœur.

Le muphti, à son tour, adressa au prélat ce compliment flatteur:

- Nous étions dans les ténèbres, tu as paru, le soleil a brillé sur nous.

Je prie Dieu de te donner la force d’accomplir ta mission.

L’évêque lui dit avec non moins de grâce:

- Je prie Dieu que le soleil luise pour toi sans nuages; qu’il soit l’image du Soleil de justice, de vérité et de charité.

Quelles durent être les pensées de Mgr Dupuch, lorsque, seul avec Dieu, dans son oratoire, il considéra la tâche que la Providence venait de lui imposer?

Un immense territoire, mais un désert; là où il y avait autrefois trois cent cinquante-trois diocèses, des milliers d’églises et d’innombrables fidèles, un seul évêché, une mosquée transformée en église à Alger, deux misérables chapelles à Oran et à Bône; quatre prêtres et autant de langues différentes que de populations diverses; tout à construire et à créer. Il lui faudrait des ressources inépuisables en personnel et en argent; il fera appel au clergé de France, qui l’entendra; mais bientôt la méfiance du gouvernement prendra ombrage de ce mouvement apostolique, il en arrêtera l’essor; et comme s’il n’avait créé l’évêché d’Alger que pour leurrer les catholiques, il usera envers l’évêque de la plus odieuse et de la plus misérable des parcimonies…

Mgr Dupuch a conscience des obstacles opposés à l’accomplissement de sa mission, par ceux-là, mêmes qui la lui ont imposée; mais, plein d’une généreuse ardeur, il commence son œuvre par l’adoption de pauvres, enfants abandonnés.

Le maréchal Valée demande à concourir à cette première fondation et le Saint-Père Grégoire XVI veut lui-même y participer.

En même temps qu’il établit la charité chrétienne en Algérie, l’évêque s’applique à y installer le culte.

Il envoie à Constantine l’abbé Suchet, accouru de sa cure de Saint-Saturnin de Tours, au premier appel de Mgr Dupuch.

L’évêque va visiter la province de Constantine; il s’arrête à Philippeville et y célèbre la sainte messe, en rase campagne, au milieu des troupes, au bruit des tambours, aux détonations du canon, et il s’écrie transporté:

- Oh! Le soldat français est bien le soldat chrétien par le cœur: il a le sentiment du beau, du sublime, et le beau, le sublime se trouvent dans la religion.

Débarquant à Bône, Mgr Dupuch trouve dans cette ville un prêtre, l’abbé Bauvay qui y exerçait depuis 1831 le saint ministère, sans autres ressources que elles que lui fournissaient les fidèles. Avec lui, en compagnie de son cher abbé Suchet et avec une forte escorte de cavalerie, l’évêque visite. Hippone; à la vue de ces ruines, pleines du souvenir de saint Augustin, l’émotion déborde de son cœur dans une touchante allocution, après la messe D’Hippone, Mgr Dupuch se dirige sur Guelma et, de là, sur Constantine, où sa présence et son séjour donnèrent lieu à des démonstrations émouvantes de la foi des chrétiens et du respect des Arabes.

Le vénérable prélat ne pouvait pas oublier les morts dans cette ville où ils avaient été si nombreux.

Il voulut aller prier au cimetière, et comme le champ funèbre n’avait encore reçu aucune bénédiction, il le bénit solennellement au milieu d’une foule pieuse et profondément émue.

En rentrant à Alger, Mgr Dupuch voulut célébrer la sainte messe près du marabout de Sidi-Nayef, situé sur le plateau de Staoueli, où débarquèrent les Français en 1830…

- C’est là, disait-il, qu’ont péri un grand nombre de nos frères, et que repose leur dépouille mortelle!! Allons prier pour eux et remercier le ciel du succès de nos armes.

Par ses ordres un autel fut dressé sous un figuier aux rameaux touffus, et, à cette même place, où, quelques années auparavant, retentissaient les foudres de la guerre, les malédictions des vaincus, les cris douloureux des mourants, le prélat offrit la Victime de paix, au milieu de soldats, de colons, d’indigènes qui l’entouraient… Là encore il fit faire la première communion à une vingtaine de petits Africains et leur donna la confirmation.

Après avoir visité l’est et le centre dé son diocèse, l’évêque se dirigea vers l’ouest de ses domaines spirituels qui réclamait sa présence.

Commençant par Oran, où l’attendaient 12,000 chrétiens, il y resta quinze jours, pendant lesquels il parcourut les environs de la ville.

Sa présence et sa parole ranimaient la foi chez nos coreligionnaires, en même temps qu’elles provoquaient, de la part des Arabes, de véritables explosions de respect et d’admiration.

À, Mostaganem, où il se rendit par mer, les musulmans lui offrirent une de leurs mosquées pour qu’elle fût affectée au culte catholique.

D’Oran, l’infatigable évêque vogue vers Bône et pose la première pierre de l’église à édifier sur l’emplacement de celle de Saint-Augustin.

A son retour d’Alger, il s’arrête à Djidjelli pour répondre au vœu du général Dampierre et de la colonne sous ses ordres.

Il dit la messe en plein air, au milieu des troupes formées en carré et de nombreux Kabyles descendus de leurs nids d’aigle dans la vallée.

Dans ses voyages à traversées trois provinces de son diocèse, Mgr Dupuch fixe l’emplacement de ses futures paroisses; en même temps, il soulage la misère des chrétiens et des infidèles, sans distinction de race, ne voulant voir en eux que les enfants du même Père, qui est dans les cieux.

C’est ainsi qu’en 1839, il fonda l’Œuvre des Orphelins, et, pendant cinq ans, il pourvut seul au logement’, à l’entretien d’enfants adoptés au nom de la religion et de la… France.

L’insurrection de 1839 vint subitement troubler l’œuvre admirable de Mgr Dupuch, qui, au milieu des troubles, de l’agitation, redoubla de charité, pour toutes les misères de ceux qui venaient à Alger, chercher un refuge contre le poignard et la torche des révoltés.

Placé au milieu d’indigents, d’affamés, dit son historien M. l’abbé Montera, au milieu d’une multitude de malheureux qui se désespéraient, il se dépouilla de tout, de sa montre, de sa chaîne d’or, de sa croix pectorale de cérémonies, d’une magnifique coupe de vermeil, don d’une amitié généreuse, d’un anneau d’un très grand prix qui avait la même origine et dont l’éclat lui était devenu insupportable à la vue de tant de souffrances, de la riche patène d’un calice, au souvenir d’une grave parole de saint Ambroise et, de son argenterie, de ses objets les plus chers, des souvenirs de famille, les plus sacrés jusqu’au dernier.

Indépendamment de ses aumônes particulières, il faisait faire tous les lundis et tous les jeudis, une distribution de pains. La porte de l’évêché était ouverte à tous les pauvres, sans distinction de culte ni de nationalité, de sorte que, pendant que le fanatisme musulman rouvrait au cœur de l’Algérie les plaies de la révolte, l’esprit chrétien travaillait, par les mains de Mgr Dupuch, à les refermer et à lès guérir.

En 1841, deux années plus tard, Abd el-Kader écrasé par nos troupes continuait cependant à guerroyer encore, et massacrait impitoyablement tous ceux des nôtres qui lui tombaient entre les mains, au point, d’autoriser son khalife, Mustapha ben Thami, à égorger trois cents prisonniers qu’il traînait après lui.

La gloire de faire disparaître cette coutume barbare, prescrite du reste par le Coran, devait appartenir à Mgr Dupuch.

Après l’enlèvement par surprise d’un sous-intendant militaire, M. Massot, l’évêque d’Alger, ému de pitié, écrivit au fier représentant du Prophète pour lui demander la liberté du prisonnier.

- Tu ne me connais pas, lui disait-il, mais je fais profession de servir Dieu et d’aimer en lui tous les hommes, ses enfants et mes frères

Si je pouvais monter à cheval sur-le-champ, je ne craindrais ni l’épaisseur des ténèbres, ni les rugissements de la tempête; je partirais, j’irais me présenter à la porte de ta tente et je te dirais d’une voix à laquelle, si l’on ne m’a pas trompé, tu ne saurais pas résister: Donne-moi, rends-moi celui de mes frères qui vient de tomber entre tes mains guerrières! Mais, je ne puis point partir moi-même.

Cependant, laisse-moi dépêcher vers toi, l’un de mes serviteurs, et suppléer par cette lettre, écrite à la hâte, à ma parole que le ciel eût béni, car je l’implore du fond du cœur.

Je n’ai ni or ni argent, et ne peut t’offrir que la prière d’une âme sincère et la reconnaissance la plus profondément sentie de la famille, au nom de laquelle je t’écris.

Bien heureux les miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde à eux-mêmes.

Précisément, notre armée tenait captifs plusieurs chefs arabes importants et des proches parents d’Abd el-Kader, qui saisit l’occasion que lui offrait Mgr Dupuch, pour tenter un échange de prisonniers.

Il répondit dans ce sens à la prière de l’évêque:

J’ai reçu ta lettre et je l’ai comprise, écrivait l’émir, elle ne m’a pas surpris, d’après ce que j’avais entendu raconter de ton caractère sacré. Pourtant, permets-moi de te faire remarquer qu’au double titre que tu prends de serviteur de Dieu et d’ami des hommes tes frères, tu aurais dû me demander non la liberté d’un seul, mais bien plutôt celle de tous les chrétiens qui ont été faits prisonniers depuis la reprise des hostilités.

Bien plus, est-ce que tu ne serais pas deux fois digne de la mission dont tu me parles, si, ne te contentant pas de procurer un pareil bienfait à deux ou trois cents chrétiens, tu tentais encore d’en étendre la faveur à un nombre correspondant de musulmans qui languissent dans vos prisons?

Il est écrit: «Faites aux autres, ce que vous voudriez qu’on fît à vous-même.»

Cette lettre remplit de joie le cœur de l’évêque, la leçon de charité que l’émir avait la prétention de lui donner lui importait peu… Ses espérances étaient dépassées: au lieu d’un seul captif à délivrer, il allait en avoir cinq ou six cents, car les prisonniers arabes ne l’intéressaient pas moins que les chrétiens… et l’émir lui offrait lui-même ce qu’il n’avait pas osé demander!

Sollicité par Mgr Dupuch, le général Bugeaud l’autorisa à entrer en négociations avec Abd el-Kader.

Le 19 mai, au matin, on put voir mille à douze cents cavaliers arabes conduisant aux Français les captifs chrétiens; Mgr Dupuch qui s’était porté au devant d’eux, rendit les prisonniers arabes à leurs coreligionnaires, qui les accueillirent avec des cris de joie, tandis que, lui-même, les yeux baignés de larmes, recevait nos pauvres compatriotes, parmi lesquels le sous-intendant Massot.

La délivrance des prisonniers n’absorba pas Mgr Dupuch tout entier; il poursuivit le développement de ses œuvres, l’installation des églises, des couvents, des prêtres et religieux qui devaient l’aider à assurer le culte catholique.

Tant de travaux finirent par altérer la santé de l’admirable prélat, au point que les médecins lui prescrivirent un voyage hors de l’Algérie. Il leur obéit, mais, profita de cette prescription pour aller en Italie faire un pèlerinage au tombeau de saint Augustin et solliciter du chapitre de Pavie, gardien des ossements du saint évêque, une portion de ses restes sacrés pour la nouvelle église d’Hippone, que son zèle pieux entreprenait d’édifier sur l’emplacement de l’ancienne.

Les chanoines de Pavie, ainsi que le Saint-Père accédèrent au vœu de l’évêque d’Alger, qui fut mis en possession de son précieux trésor.

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