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Mered

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

En jetant un dernier regard sur ce paysage charmant, nous oublions qu’il a fallu, pour se l’approprier, dix années de guerre avec les Arabes et vingt: années de lutte avec un climat beaucoup plus meurtrier que la guerre!

Nous nous en souvenons seulement, en passant près des cimetières, et quanti nous nous arrêtons, plus, loin, au charmant village de Beni-Mered, sur la place duquel s’élève un obélisque, reposant sur une base disposée en fontaine. Sur une face on lit: Aux vingt-deux braves de Mered. Sur l’autre: Combat du 10 avril 1842.

Quel laconisme! La véritable histoire de l’Algérie est ici, comme partout, inscrite sur quelques colonnes funéraires.

- Quel est donc le combat dont ce monument perpétue la mémoire? Demandai-je vivement au cousin Jean.

- Je vais vous le dire…, Le voici tel que me le raconta un des rares survivants, l’unique peut-être de ce drame glorieux, me répondit mon aimable guide.

Le 10 avril 1842, un sergent nommé Blandan, du 26e de ligne, sortait de Boufarik avec dix-huit hommes de son régiment et du 2eme chasseur, pour porter ou du moins assurer le transport de la correspondance jusqu’au blockhaus voisin, à Mered. Un sous-aide-chirurgien, allant rejoindre son poste à Blida, s’était joint à la petite troupe.

Arrivé au ravin couvert de broussailles qu’il fallait traverser, avant que d’atteindre le blockhaus, le détachement, pris à l’improviste, est cerné, entouré par trois cents Arabes.

Blandan, d’un rapide mouvement, forme sa troupe pour combattre, lorsqu’un grand nègre, qui paraissait être le chef des Arabes, se détache des rangs ennemis et lui dit en assez bon français:

- Rends-toi, sergent, et il ne te sera fait aucun mal, ni à toi, ni à tes hommes,

- Tiens, lui répondit Blandan, voilà comment je me rends!

Et, le mettant en joue, il le tue, donnant l’ordre aux soldats de commencer le feu.

Les Arabes plient d’abord sous la décharge; mais, songeant à la faible troupe, à la poignée d’hommes qui est devant eux, ils reviennent et la criblent de balles!

Trois fois ils s’élancent sur le petit détachement sans parvenir à l’entamer. Huit hommes pourtant sont tombés à leur première décharge; Blandan, leur chef, a reçu trois coups de feu, mais il continue à commander.

Le cheval du brigadier des chasseurs est tué, son cavalier renversé; les blessés, couchés dans la poussière, rechargent les armes de leurs camarades, et ce sont cependant des recrues d’un an à peine de service qui n’avaient pas encore vu le feu.

Blandan, épuisé, dit à son camarade, le brigadier désarçonné:

- Prends le commandement; car…, pour moi, je n’en puis plus.

D’instant en instant la troupe héroïque diminue; il ne reste plus que sept hommes debout; aussi peuvent-ils compter les minutes qu’il leur reste encore à vivre… Mais tout à coup les Arabes s’arrêtent, écoutent, se consultent et paraissent hésiter.

Une colonne de poussière qui avance comme les nuées d’un ouragan, explique l’attitude des ennemis… des cris retentissent au delà du ravin, du côté du blockhaus, et achèvent de les troubler.

Bientôt une troupe de cavaliers, dont les lames de sabre lancent des éclairs, arrive: c’est le colonel Marris qui vient de Boufarik avec ses chasseurs…

Puis, trente fantassins, sous la conduite du lieutenant de génie Joulard, accourent de Mered… Des deux côtés on se jette sur la horde arabe.

Les fantassins la fusillent vivement; les chasseurs la sabrent avec une vigueur qui ne lui laisse que le temps de tourner bride et de fuir, en abandonnant sur le terrain grand: nombre des siens, sans avoir pu enlever le plus petit trophée à nos vaillants soldats.

L’ennemi en déroute, le colonel Marris, se rapprochant du sergent Blandan, herche à le ranimer et veut l’encourager par quelque bonne parole partie du cœur; mais Blandan ne l’entend pas, et, poursuivant son commandement héroïque, de ses lèvres déjà livides il dit dans un dernier effort:

- Courage, mes amis, défendez-vous jusqu’à la mort.

Le colonel, enlevant sa propre croix de sa poitrine, la met dans la main du moribond.

Ranimé au contact de ce signe de récompense suprême, Blandan a la force de la porter à ses lèvres, et il expire en la baisant.

Ce combat héroïque émut l’âme du maréchal Bugeaud, qui, en l’apprenant, adressa un ordre du jour magnifique à l’armée. Il le terminait ainsi: Lesquels ont mérité le plus de la patrie, de ceux qui ont succombé sous le plomb ou des cinq braves qui sont restés debout et qui, jusqu’au dernier moment, ont couvert le corps de leurs frères?

S’il fallait choisir entre eux, je m’écrierais: Ceux qui n’ont pas été frappés! Car ils ont vu toutes les phases du combat, dont le danger croissait à mesure que les combattants diminuaient, et leur âme n’en a point été ébranlée.

Mieux que sur le marbre et le granit de la fontaine de Mered, le souvenir de Blandan et de ses compagnons est conservé dans le cœur du 26e de ligne, le régiment de ces braves, qui célèbre l’anniversaire du fameux combat par un service funèbre d’abord, puis par des jeux militaires.

Le lieu où a été bâti le joli village de Mered était couvert autrefois de lauriers-roses, tamaris, jujubiers et oliviers sauvages, fouillis inextricable à travers lequel coulait un ruisseau descendant des hauteurs des Soumata.

Après avoir dépassé ce coupe-gorge, on trouvait un blockhaus gardé par une vingtaine d’hommes chargés de surveiller les Hadjouts de la plaine et de signaler leurs mouvements à Boufarik et à Blida qui se trouvaient ainsi reliés.

C’est au moment d’entrer dans le ravin que Blandan a été attaqué, me conta le cousin Jean, comme nous prenions la route de Blida. Un autre drame plus sanglant et plus lugubre encore avait eu lieu sur ce même point sept ans auparavant, par la perfidie d’un traître infâme, un brigadier de spahis français.

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