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L’Oued-el-Kébir

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Nous avons fait, dès le matin; une course au fond du ravin de l’Oued-el-Kébir, qui, malgré son nom de grande, est une petite rivière (en France, on dirait un ruisseau), dont les pluies d’hiver et la fonte des neiges font tout à coup un torrent.

Réduite à ses propres ressources, elle n’est plus rien.

Elle prend naissance au fond d’un ravin étroit, peu profond, et, comme toutes les rivières montagneuses à leur origine, on la surprend d’abord dans un riant berceau, à fond de roche, tapissé de feuillages, de roseaux et de lauriers-roses; elle y naît dans la fraîcheur de l’ombre, dans la retraite et le silence, comme les idées dans le paisible esprit d’un solitaire.

Il y a quelques années encore, les Blidéens ne sortaient pas sans avoir un fusil chargé sur l’épaule et croyaient prudent d’être en nombre et tout armés pour accomplir cette petite promenade à deux kilomètres au plus de leur ville.

Aujourd’hui, bien entendu, chacun va seul aux sources de l’Oued, en fumant son cigare avec autant de sécurité que dans un jardin public.

On a bâti jusqu’à l’entrée de la gorge des moulins et des usines rudimentaires, des briqueteries.

Un peu plus loin des travaux de barrage ont été faits pour régulariser le cours du ruisseau, ce n’est donc que quelques cents mètres au delà, que la promenade commence à devenir intéressante.

La route s’engage alors dans le ravin à travers des pentes pittoresques, parmi des rochers tombés de la montagne et roulés par la rivière au moment des grandes eaux. L’Oued coule à côté du sentier, tantôt sur un lit de sable et de gravier ressemblant à de l’ardoise en poudre, tantôt à travers de larges blocs que le courant contourne en écumant un peu quand il n’a pas la force de les arracher de son lit.

La montagne est rocheuse, escarpée et fréquemment creusée par de profonds éboulements; un peu plus loin, la gorge s’élargit et se découpe en ravins latéraux; la végétation s’épaissit, et, chaque écartement de la montagne forme alors un entonnoir baigné par le fond et encombré de hauts feuillages.

On approche ainsi du cimetière. II est tout entouré de barrières rustiques, composées d’arbres morts et de halliers, et, protégé par une ceinture impénétrable de lentisques, de myrtes et de lianes; au fond, une sorte de bocage ombreux, de grands oliviers très verts, des caroubiers plus sombres encore, d’immenses frênes et des peupliers-trembles.

Au centre de cet enclos solitaire, très recueilli, très abrité, où le soleil ne pénètre que pendant le milieu du jour, un terrain plein d’herbes et couvert de tombeaux.

Trois ou quatre seulement forment, des petits monuments semblables à des marabouts de quatre ou cinq pieds de haut, avec un couronnement dentelé et la Kouba conique.

Ce sont les sépultures de personnages religieux, ou célèbres à quelque titre parmi les Arabes.

Une vieille femme gardait le cimetière, accroupie sur le revers d’une tombe, la tête inclinée sur ses genoux.

Elle avait un sarrau rayé de bleu, de jaune vif et de rouge éclatant, mal attaché sur ses épaules.

Les bras et les pieds nus, la tête entourée d’un fichu noir, et le visage à moitié caché par des cheveux tout grisonnants.

- Salut à toi, ô mère, lui dit mon cousin Jean, que ta journée soit bonne.

- Qu’y a-t-il, et que viens-tu faire? demanda la vieille avec un peu d’alarme, en nous voyant, tout à coup dans l’enceinte réservée.

Nous répondîmes: rien que le bien et nous nous assîmes sur une des barrières.

Une bougie rose brûlait dans le creux d’un arbre renversé, vers le milieu du cimetière.

La face des quatre marabouts qui regarde le levant, était inondée de cire fondue, et dans une sorte de niche, creusée dans la paroi du plus orné et du plus ancien des quatre, brûlait une autre mèche odorante dont on voyait seulement la fumée.

- Savez-vous ce que furent ces gens-là demandai-je au cousin Jean, vous qui savez tout?

- Des hommes, me répondit-il un peu sentencieusement, je ne pourrais vous dire que leurs noms et leur légende, mais à quoi bon?

Ils habitaient un pays qui n’est pas le vôtre, et parlaient une langue que vous entendez à peine. S’ils ont fait du bien ou du mal, cela ne nous regarde pas, et nous n’avons même pas le droit d’illuminer une bougie rose en leur honneur.

Au moment où nous repassions là barrière, un Arabe qui venait d’entrer dans l’enceinte, alla dévotement baiser la tombe du saint et se mit à genoux dans l’herbe, pour faire sa troisième prière, car il était une heure après-midi.

À quelques pas en arrière du cimetière, se cache un village, ancien séjour de l’aristocratie de Blida.

Incendié et pillé en 1836, pillé encore en 1840, il est aujourd’hui réduit à une quinzaine de masures, dont une seule couverte en tuiles, le reste en pisé, avec la toiture en roseaux. Nous passons par là pour rentrer chez nous, des chiens nous aboyant aux jambes, des enfants criant avec effroi, comme s’il se fût agi d’un nouveau siège…

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