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Les gorges de la Chiffa

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

On ne va pas à Blida sans aller visiter les Gorges de la Chiffa, au fond desquelles passe la route de Médéa construite tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre bord de la rivière; et nous avons fait comme tout le monde, le cousin Jean et moi.

C’est là une promenade moins pittoresque qu’impressionnante, car elle se fait au fond d’un entonnoir que dominent des pitons d’une hauteur effrayante.

Le piton de droite, en allant à Médéa est celui que nos victoires ont illustré sous le nom du col des Mouzaïa, qui lui vient de la légère dépression de terrain qui le termine et de la tribu arabe qui en habite les flancs.

C’est en se rendant maître de ce col, après cinq à six heures d’ascension et de combats sanglants, qu’on gagnait Médéa en descendant le versant sud de l’Atlas.

La crête du col est si élevée, que le maréchal Clause pouvait, en 1830, la première fois qu’il y monta, dire à sa troupe:

- Soldats, les feux de vos bivouacs se mêlent aux étoiles du firmament.

Le maréchal Clausel dut conquérir ce même col en 1835 et il fut suivi en 1840 sur ce chemin glorieux, mais ardu, par le maréchal Valée, le duc d’Orléans, et le duc d’Aumale, débutant alors dans l’art militaire, où il est passé maître.

La route de Médéa par le col étant, avec raison, reconnue longue, difficile et dangereuse, il fallait en chercher une autre et on ne trouva que le cours de la Chiffa en la remontant le long de la fissure par laquelle elle passe de la province de Tétery dans la Mitidja.

En faire un chemin convenable n’était pas une petite affaire! il fallut quadrupler au moins cette fissure naturelle, niveler le sol le long des deux berges, éventrer la montagne en vingt endroits, faire sauter des milliers de mètres cubes de granit; déraciner des hectares de forêts séculaires… Un vrai travail de géants!

On y mit quatre, cinq, six bataillons échelonnés le long de la rivière, et, en trois ans, la route était faite, mais non sans avoir perdu pas mal de soldats ouvriers, par suite d’accidents, inévitables dans des travaux aussi importants et aussi dangereux, infiniment moins cependant que les balles arabes qui tuaient les hommes chaque fois que la troupe passait par le col pour aller à Médéa.

Après avoir suffisamment admiré les sauvages beautés des Gorges de la Chiffa, nous déjeunons à l’auberge établie à mi-distance de l’entrée et de la sortie.

Nous attendons là, paisiblement, des singes qui ne viennent jamais! Car les singes des Gorges de la Chiffa font partie des curiosités de l’Algérie: on raconte qu’ils sont demi-apprivoisés et viennent manger le pain qu’on leur jette. En tout cas, ils furent moins aimables pour nous et il ne s’en montra pas un seul.

Nous ne pûmes renouveler l’expérience; ce devait être là, en effet, notre dernière promenade à Blida.

Le lendemain même nous prenions le chemin de fer d’Alger à Oran, pour aller plus à l’ouest.

Nous traversons ainsi les nombreux champs de bataille, arrosés du sang de nos soldats victorieux; nous voyons une suite de villages de colons.

De la station d’Affreville, nous saluons Miliana, plaquée contre le Zacar, qui nous fait face et nous poussons plus à l’ouest, parce que ce ne sont pas des souvenirs belliqueux que nous cherchons, mais des témoins de la primitive Église d’Afrique, sur laquelle les Barbares ont entassé plus de quinze siècles d’ignorance et de sable, et qui, depuis sa délivrance par nos armes perce sur certains points le lourd et noir linceul qui la couvre.

C’est à Orléans ville, cité nouvelle, puisqu’elle n’a été fondée qu’en 1843, que nous nous arrêtons; c’est là, en effet, que nous allons trouver et vénérer le tombeau du saint évêque Reparatus dont nous devons la conservation à Mgr Dupuch ainsi que me l’avait appris le cousin Jean, au début de notre voyage, à la cathédrale d’Alger, et en me parlant du prélat français, premier évêque d’Algérie.

Nos hommages rendus à la tombe vénérable de l’évêque Reparatus, nous reprenons le chemin de fer pour Oran, évêché et chef-lieu du département de ce nom.

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