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Les cigognes

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Le lendemain, un soleil radieux chassa les souvenirs lugubres, embellit le pays, en même temps qu’un cri d’allégresse était répercuté par tous les échos.

Les cigognes sont arrivées! c’est-à-dire l’hiver est fini, le printemps s’établit véritablement.

J’avais vu, peu de jours auparavant, leur premier Courrier C’était le matin, de très bonne heure, beaucoup de gens dormaient encore dans Blida.

Il venait du sud, porté par une légère brise, s’appuyant, sans presque les mouvoir, sur ses grandes ailes à l’extrémité noire, le corps suspendu entre elles comme entre deux bannières.

Une troupe de pigeons ramiers, de corneilles et de petits milans lui faisaient un joyeux cortège, et saluaient sa bienvenue par des battements d’ailes et des cris.

Des aigles volaient à distance, les yeux tournés vers le levant. Je vis la cigogne, suivie de son escorte, descendre de la montagne et se diriger vers Bab-el-Sebt.

Il y avait là des Arabes, qui sans doute avaient voyagé la nuit, car ils étaient couchés pêle-mêle, avec des dromadaires fatigués, toutes les charges réunies au centre du bivouac, et les animaux n’ayant plus que leur bât.

Quand l’oiseau sacré passa sur leur tête, un des Arabes qui le vit étendit le bras et dit, en se levant tout droit.

- Chouf el bel ardy, regarde, voici la cigogne.

Ils l’aperçurent tous aussitôt, et la regardèrent comme un voyageur qui revient, en se répétant l’un à l’autre:

- Chouf Touchi? L’as-tu vue?

Longtemps l’oiseau parut hésiter; tantôt rasant les murs, tantôt s’élevant à de grandes hauteurs, les pieds allongés et tournant lentement la tête vers tous les horizons du pays retrouvé. Un moment il eut l’air de vouloir prendre terre; mais le vent qui l’avait amené retroussa ses ailes et l’emporta du côté du lac.

Les cigognes émigrent à l’automne pour ne revenir qu’au printemps; elles se montrent, rarement dans la plaine et n’habitent jamais Alger.

Dans toutes les villes de la montagne, au contraire, elles se réunissent en grand nombre; Constantine en est peuplée.

Je connais peu de maisons dans cette ville, la plus africaine et la moins orientale de toutes les villes algériennes, je connais peu de toitures un peu hautes qui ne supportent un nid.

Chaque mosquée a le sien, quand elle n’en a pas plusieurs.

C’est une faveur pour une maison d’être choisie par les cigognes.

Comme les hirondelles, elles portent bonheur à leurs hôtes.

Il y a toute une fable qui les consacre et les protège: ce sont des Tolbas, changées en oiseaux pour avoir mangé, un jour de jeûne.

Elles reprennent tous les ans, leur forme humaine dans un pays inconnu et très éloigné, et quand, appuyées sur une patte, le cou renversé dans les épaules et la tête élevée vers le ciel, elles font avec un claquement de leur bec le bruit singulier de Kuan, Kuan, Kuan, c’est qu’alors l’âme des Tolbas, toujours vivante en elle, se met en prière…

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