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Les chiens arabes

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Avant de quitter la Casbah, mon cousin Jean et moi, nous nous arrêtons au carrefour de Si-Mohamed-el-Chérif, qui occupe à peu près le centre de l’ancienne ville, à peu de distance du château.

C’est le dernier refuge de la vie arabe, le cœur même du vieux Alger, et je ne connais pas de lieu de conversation plus retiré, ni plus frais, ni mieux disposé.

Un côté du carrefour est abattu, celui qui regarde le midi, de sorte qu’on a, tout près de soi, pour égayer l’ombre, une vaste clairière, remplie de soleil, et, pour horizon, la vue de la mer.

Le charme de la vie arabe se compose invariablement de ces deux contrastes: un nid sombre entouré de lumière, un endroit clos, d’où la vue peut s’étendre, un séjour étroit avec le plaisir de respirer l’air du large et de regarder loin.

Les chiens disputent la place aux hommes, dans ce lieu de repos, et, en les voyant, je ne puis m’empêcher de leur jeter un regard de colère, en songeant à la mauvaise nuit qu’ils m’ont fait passer, eux ou leurs semblables, par leurs aboiements continuels.

La campagne était en rumeur et je ne crois pas qu’il y eût aux environs un seul de ces chiens, soit errant, soit à l’attache, qui ne criât et, dont je ne pusse entendre la voix, de mon lit même.

Comme la nuit était humide, l’air tranquille et sonore, je calculais, d’après la décroissance indéfinie des bruits, que les plus faibles devaient m’être apportés de plus d’une lieue.

D’abord je craignis un incendie, je me levai pour regarder au dehors, mais je n’aperçus pas la plus petite lumière ni à terre, ni dans la baie: hormis ces bêtes glapissantes, tout dormait dans une sécurité profonde et sous le paisible regard des étoiles.

Les chiens criaient pour se répondre comme ils ont l’habitude de le faire, parce que quelque part un des leurs avait d’abord élevé la voix.

L’éveil une fois donné dans les chenils, l’alarme avait dû gagner de proche en proche, et par des nuits calmes comme celle-ci, il n’était pas impossible que ce long aboiement se répandît de l’autre côté du Sahel, et, de Gourbi en Gourbi, de ferme en ferme, de village en village, se prolongeât, par un écho continu, jusqu’au fond de la plaine.

Quoi qu’il en soit, je n’avais pu m’endormir qu’à l’approche du jour.

Je le racontai, en grognant un peu, à l’excellent cousin Jean qui se mit à rire d’un air moqueur.

- Vous vous plaignez pour si peu de choses me dit-il, qu’auriez-vous fait à ma place, il y a deux ans.

C’était par une nuit d’hiver aigre et glacée, passée dans un petit douar, vers l’extrémité du Tell de Constantine, en pleine montagne, hors des routes, et dans un pays des plus âpres. J’étais arrivé le soir, après une longue étape; à peine avais-je eu quelques minutes de jour, pour nettoyer la place où je campais et faire établir ma tente au centre du douar et sous sa gardé.

Autour, il n’y avait qu’un terrain, pétri de boue, d’ordure et de détritus; la gelée, qui reprenait, avec le soir, avait heureusement tout durci. Le sol était, en outre, couvert de carcasses d’animaux tués par la boucherie ou morts de misère, car, l’hiver qui était dur, en faisait périr partout en grand nombre et, parmi les petits douars du Tell, la détresse était affreuse.

Toute la nuit, les chèvres et les petits moutons, parqués dans l’enceinte et réfugiés le plus près possible, bêlèrent de souffrance et toussèrent.

Les enfants, transis de froid et ne pouvant dormir, geignaient sous le pauvre abri des ménages, et les femmes gémissaient, en les berçant, sans parvenir à chasser le froid, ni l’insomnie.

Les chiens hurlaient, dans ce douar, et s’agitaient, inquiétés par le feu de ma lanterne, ils entouraient ma tente. J’en avais serré toutes les boucles et fortement assujetti les piquets.

Dès que ma lumière fut éteinte, leur Cercle se rétrécit encore, et, jusqu’au matin, je pus les entendre gratter la terre, passer, le museau sous la toile, en reniflant et je sentis, sur ma figure, leur haleine de bêtes fauves!

Cette nuit fut lamentable et je ne fermais pas l’œil! Au point du jour je quittai le douar… et je n’y suis jamais revenu… je dois l’avouer…

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