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Le commandant X***

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Le commandant X… arriva tout jeune à Alger, vers la deuxième année qui en suivit la prise.

A cette époque, Alger n’avait pas de collège, et la première éducation de l’écolier se fit sur la place publique avec les enfants du peuple indigène.

Il apprit là diverses choses qu’à pareil âge on apprend sans maître, entre autres la langue du pays et les plaisirs de l’indépendance; mais on ne trouva pas que cela valut les leçons de famille, on le corrigea.

La correction lui déplut, et, comme il n’aimait pas la contrainte, il quitta sa famille et s’enfuit.

Arrivé dans le Sahel d’Alger, au moment de descendre vers la plaine, et peut-être de réfléchir aux hasards de son entreprise, il rencontra deux cavaliers arabes qui voyageaient ou maraudaient.

- Qui es-tu?

- Un tel, fils d’un tel,

- Où vas-tu?

- Devant moi.

- Veux-tu venir chez les Hadjouts?

Les Hadjouts alors étaient un grand sujet d’effroi.

Bravement l’enfant répondit:

- Je veux bien!

Un des maraudeurs le prit en croupe, et, le soir même, on le conduisait tout droit à la tente du khalifat Béchir.

- C’est un otage, dirent les cavaliers.

- Non pas, dit Béchir, c’est un enfant.

- Et ce sera le mien, dit la femme de Béchir qui l’adopta comme un présent du hasard et le nomma Mustapha.

L’enfant grandit sous la tente; il brunit au soleil; tout de suite il mania des sabres. Élevé par des centaures, il devint ce qu’il est, un extraordinaire cavalier.

Quand il eut quinze ans, on lui donna un cheval et des armes; quand il en eût dix-huit, un beau jour, l’ennui de la tente le prit, comme l’avait pris déjà l’ennui de la maison. La guerre était partout; il avait a choisir entre deux patries, l’une natale et l’autre adoptive: il se décida pour la première.

Il quitta le douar, non pas la nuit, mais en plein jour; il dit à Béchir:

- Je m’en vais.

Et il courut à Blida s’enrôler dans les spahis.

De Blida, il passa à Koléa; de libre qu’il était, il devint soldat, mais toujours plutôt Arabe que Français.

Deux ans plus tard, une razzia fut organisée contre les Hadjouts. Il fallait un guide pour diriger la colonne, un guide sûr qui connût le pays, la langue et surtout les habitudes: de l’ennemi; Mustapha fut désigné.

L’affaire eut lieu; on se battit. Vers la fin de l’action, deux cavaliers se rencontrèrent, échangèrent le feu de leurs armes, puis se chargèrent pour s’aborder, le plus jeune avec le sabre, le plus âgé avec la lance. Au moment où les chevaux allaient se toucher, les combattants se reconnurent:

- C’est toi, Mustapha?

- C’est toi, Béchir?

Béchir, au dire des Arabes, était un héros, beau, intrépide et montant des chevaux admirables.

II s’arrêta tout droit devant le jeune homme, fit seulement le geste de lui effleurer l’épaule afin de ne déchirer que le burnous, et lui jeta sa lance.

- Prends-la, dit-il, va la porter à ton général, et dis-lui que tu as enlevé la lance de Béchir.

Puis, désarmé, les deux mains vides, il tourna bride et disparut.

Resté dans l’armée, Mustapha devint commandant, et c’est lui que nous venons de rencontrer.

Dans la nuit qui a suivi notre arrivée à Blida, la pluie est tombée abondamment Le matin, je la retrouvai aussi persistante; je sortis malgré tout, et quand j’étais loin de m’y attendre, je fus témoin d’une scène affreuse, l’exécution de criminels.

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