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L’arabe Geronimo

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

En 1853, il était question de raser le fort des Vingt-Quatre-Heures, pour dégager l’esplanade de Bab El-Oued et y établir un parc d’artillerie.

On était en marché avec un entrepreneur civil, pour les travaux de démolition, lorsque de vieux papiers, des récits d’un chroniqueur ancien nommé Haëdo, tombèrent entre les mains du savant bibliothécaire de la ville d’Alger, M. Berbrugger, qui en communiqua le texte au général et à l’évêque, en même temps qu’il en publiait une traduction dans le journal l’Akbar.

Haëdo parlait de Geronimo pris, tout enfant, par les Espagnols en 1538, et vendu comme esclave au vicaire général de la ville, Jean Caro, qui l’éleva dans la religion chrétienne et le baptisa.

A l’âge de dix ans, il fut repris par les Maures et rendu par eux à sa tribu. Il y resta jusqu’en 1559, sans que les pratiques musulmanes, auxquelles il était astreint, lui fissent oublier son baptême.

Il s’enfuit un jour et retourna chez son père adoptif, Jean Caro. Il avait alors vingt-cinq ans, et le vénérable ecclésiastique le maria à une jeune mauresque, convertie au christianisme.

Geronimo, entra dans les troupes espagnoles et il arriva qu’ayant pris la mer avec neuf soldats, pour donner la chasse à un brigantin algérien, il fut fait prisonnier, ainsi que ses compagnons.

Dans la répartition des captifs, Geronimo échut, au dey d’Alger, qui était Euldj-Ali, un renégat calabrais.

Furieux d’apprendre que cet esclave chrétien était un musulman converti, le dey voulut le faire apostasier; mais il se heurta à une résistance que ni les menaces, ni les mauvais traitements ne purent faire fléchir.

Euldj-Ali, résolut de le faire mourir d’une mort si atroce, qu’elle fût un épouvantait pour tous les chrétiens, et voici ce qu’il trouva dans sa recherche d’un raffinement de cruauté.

On construisait, par son ordre, en dehors de la porte de Bab El-Oued, un fort dont les murs se montaient en pisé, à l’aide de caisses de bois qu’on remplissait de terre fortement tassée.

L’idée infernale vint au dey d’ensevelir Geronimo vivant…

Averti du dessein d’Euldj-Ali, par le maître maçon Michel, esclave chrétien, Geronimo se confessa à un de ces prêtres, qui, avant saint Vincent de Paul, allaient, captifs volontaires, s’enfermer dans les bagnes pour donner les secours de la religion à leurs malheureux compagnons.

Geronimo communia avant le jour; et, c’est avec ces armes spirituelles et sempiternelles, dit Haëdo, dont les chroniques perpétuaient ainsi le drame, c’est ainsi que le confesseur de Dieu se fortifia et attendit l’heure où le ministre de Satan devait le conduire à la mort.

Traîné au lieu du supplice, Geronimo fut interpellé par le dey:

- Holà! Chien, lui cria-t-il, pourquoi ne veux-tu pas être musulman?

- Je ne le serai pour aucune chose au monde, répliqua Geronimo, chrétien je suis, chrétien je resterai.

- Si tu ne m’obéis pas, je t’enterre tout vif!

- Fais ce que tu voudras, répondit l’héroïque confesseur, je suis préparé à tout; rien ne me fera abandonner la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ.

À cette réponse, Euldj-Ali, frémissant de rage, fit coucher Geronimo, pieds et poings liés, dans le moule à pisé; on commença à le couvrir de terre; un renégat, nommé Temango, s’armant d’un pilon, sauta dans la caisse qu’on continuait de remplir et la foula avec acharnement. D’autres renégats l’imitèrent.

Confiants dans la miséricorde de Dieu, achevait le chroniqueur Haëdo, nous espérons de sa bonté qu’un jour nous tirerons Geronimo de cet endroit et qu’avec les corps des autres saints martyrs du Christ, qui ont consacré cette terre par leur sang et leur mort, nous les placerons dans un lieu plus honorable pour la gloire du Seigneur, qui nous a laissé, à nous autres, captifs, de tels saints et de tels exemples.

L’espoir d’Haëdo devait se réaliser trois siècles plus tard seulement! Le 27 décembre 1853…

Son récit, découvert par le savant M. Berbrugger, devait en effet produire alors une émotion profonde…

Les pourparlers avec l’entrepreneur cessèrent et ‘artillerie se chargea de la démolition du fort.

M. le capitaine Susoni en eut la direction et y apporta les soins qu’exigeait la crainte de compromettre la découverte qu’on se promettait.

Les espérances furent d’abord ébranlées, parce qu’on avait mal interprété Haëdo, dans ses indications sur la partie du fort où devait se trouver le corps de Geronimo; mais un artilleur, nommé Blot, découvrit tout-à-coup un enfoncement dans lequel se trouvait un squelette.

A l’instant, les travaux cessent, dit Mgr Pavy, dans une lettre sur ce sujet, adressée aux conseils de la Propagation de la Foi, M. le capitaine Susoni est averti. A la position des ossements, à la terre qui les couvre, aux débris de la corde qui liait les mains de la victime d’Euldj-Ali, il reconnaît Geronimo.

M. Berbrugger accourt des premiers et partage la même conviction.

Alors on me fait prévenir; je me hâte vers la glorieuse tombe avec les prêtres qui étaient autour de moi. Je contemple de mes yeux ce spectacle avec une émotion d’autant plus grande que ma position de Juge m’imposait plus de réserve. Un coup d’œil me suffit pour me convaincre, mais je me tus.

Après avoir donné les ordres nécessaires pour la garde du corps, j’avertis moi-même MM. Le Gouverneur général et le Préfet d’Alger.

Sa Grandeur fit habilement coïncider la pose de la première pierre du nouveau parc d’artillerie avec la translation des restes du vénérable Geronimo, si bien que les autorités civiles et militaires concoururent, comme par hasard, à la manifestation religieuse.

Après la pose de cette pierre et les quelques coups frappés sur elle avec le marteau d’argent, après un très beau discours sur la guerre, par Monseigneur, l’imposant cortège se groupa autour du squelette de Geronimo; puis il gagna la ville, par le même chemin qu’avait suivi le martyr marchant à la mort.

Les autorités de la colonie suivaient le cortège: la gendarmerie et la milice à cheval fermaient la marche.

Une foule innombrable et parfaitement recueillie encombrait les rues par où passait le cortège, se pressait aux croisées, se penchait aux terrasses! Pas un point, pas un débouché, pas une ouverture, pas une maison qui ne fût garnie de spectateurs… Sous, les arcades de l’hôpital civil même, on trouva, assis, les malades que la gravité de leur position n’avait pas forcés de rester au lit ou dans leurs salles…

Arrivés à la cathédrale, on plaça la châsse et les précieux ossements qu’elle contenait dans une petite sacristie. Le lendemain, le bloc fut posé dans la chapelle destinée à Geronimo.

Pendant que mon cousin Jean achevait de me conter l’histoire du saint Martyr, je relisais l’inscription latine gravée sur une tablette de marbre, et si imposante dans son laconisme:

Ossements du vénérable Geronimo, serviteur de Dieu, que l’histoire rapporte avoir souffert la mort pour la foi chrétienne dans le fort dit «des Vingt-Quatre-Heures» où il a été découvert d’une manière providentielle et inattendue, le 27 décembre 1853.

Ainsi donc, s’expliquait, s’appuyait la persuasion douce de Mgr Dupuch, victime des hommes comme l’arabe Geronimo, son voisin dans la mort, et si ardemment convaincu d’arriver un jour à la conversion des musulmans qui ont déjà donné des martyrs…

Cette pensée consolante me retint dans le pieux souvenir de Geronimo: quittant la cathédrale, je demandais à mon complaisant cicérone de me conduire vers le lieu du martyre de l’Arabe chrétien.

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