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La Trappe

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

- Mais la Trappe elle-même comment a-t-elle été fondée? Demandai-je au cousin Jean. Vous me dites ce qu’était la plaine autrefois, les dangers qu’on y courait; par suite de quelles circonstances s’est-elle ainsi transformée?

- Il faut, pour savoir cela, remonter bien loin, me répondit mon intarissable conteur.

Un jour du mois d’août 1843, deux Trappistes se présentaient au palais du gouverneur général de l’Algérie, qui était alors le général Bugeaud.

L’un des deux Trappistes était le T. R. P. François-Régis, alors abbé de la Trappe d’Aiguebelle et désigné pour fonder, dans notre colonie du nord de l’Algérie, un établissement de l’ordre de saint Bernard.

Cette création avait été décidée par le gouvernement, à la suite d’un rapport de M. de Courcelles, venu en Algérie en 1841 pour s’éclairer, comme député, sur la grave question de colonisation de notre conquête.

Les deux religieux, admis devant le maréchal Bugeaud, la conversation s’engagea en ces termes:

- C’est vous les Trappistes? demanda le maréchal.

Vous savez, ce n’était pas mon avis. Il ne nous faut pas de célibataires pour coloniser l’Algérie, mais je suis soldat; vous m’apportez des lettres du ministre de la guerre, qui est mon chef: j’obéirai! Je vous accepte donc comme les enfants les plus intéressants de la famille coloniale.

Messieurs, vous ne ferez pas plus de miracles que les autres. Je vous préviens que vous rencontrerez de grandes difficultés. Lorsqu’elles vous paraîtront insurmontables, venez me trouver.

Quand voulez-vous commencer?

- Le plus tôt sera le mieux, répondit le P. Régis.

- Eh bien! fit le maréchal Bugeaud, je vais rassembler mon conseil; dès qu’il sera réuni, je vous manderai.

Quelques heures après, les Trappistes, revêtus de leur longue coule blanche, rentraient majestueusement dans le cabinet du maréchal, qui les attendait entouré de son état-major et des membres du conseil.

Bugeaud prit alors la parole; il dit que l’établissement projeté était appelé à faire un grand bien; qu’on pouvait compter sur ces religieux, hommes de discipline et de travail; qu’il fallait donc les seconder par tous les moyens.

Entrant dans les plus grands détails, le gouverneur prit une plume et dressa la liste des ouvriers forgerons, charpentiers, carriers, maçons, manouvriers, qui devaient être mis au service des colons de Staoueli. Puis, il ajouta, en se tournant vers les Pères:

- Vous m’avez dit que vous vouliez commencer au plus tôt. Il serait à désirer qu’avant les premières pluies de l’hiver, vous eussiez un commencement d’installation. Fixez le jour vous-mêmes.

- Le 29 est la fête de notre Père, saint Bernard; nous serions heureux de planter notre tente en un si beau jour.

Eh bien! le 21, nos hommes et notre matériel s’achemineront vers Staoueli.

Soyez là pour les recevoir Et ce fut fait.

Le 14 septembre de la même année, 1843, jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix, une nombreuse caravane religieuse et militaire se dirigeait à l’ouest d’Alger, vers Sidi-Férruch.

A sa tête, chevauchaient l’évêque, le gouverneur général, le directeur de l’intérieur, que suivaient de hauts fonctionnaires, des prêtres, des colons et quatorze religieux.

Ce pieux cortège allait poser la première pierre du monastère de Staoueli et bénir les onze cent vingt hectares concédés aux Trappistes, entre la mer et les coteaux du Sahel, sur cette terre à jamais célèbre par le débarquement des Français en 1830.

Le lieu choisi pour y bâtir le monastère était marqué par un vieux palmier, magnifique et solitaire, dont le tronc noirci avait résisté au temps et aux dévastations des Arabes.

Autour de lui, en effet, s’étaient livrées des batailles sanglantes.

Là, les brigades Munk-d’Uzer et Damrémont avaient culbuté les Bédouins qui occupaient les deux rives du ruisseau; là, la brigade Clouet, attaquée à l’improviste par l’ennemi, que cachait un brouillard épais, fit des prodiges de valeur; là, la division Loverdo soutint héroïquement le choc terrible des troupes du bey de Constantine et du Kalife d’Oran, descendues précipitamment des hauteurs voisines.

Là encore retentissaient les noms des généraux de Bourmont, Berthezène, Talozé, d’Arcines, Achard…

Non loin de là, s’élevait le marabout de Sidi-Rached, où tomba le jeune Amédée de Bourmont, chargeant à la tête de ses grenadiers.

C’était le second des quatre fils que le général en chef avait amenés avec lui!

Lorsque la révolution qui renversait le trône séculaire des Bourbons lui eut arraché sa nouvelle et glorieuse conquête, le vainqueur d’Alger n’emporta, pour toute fortune, dans son exil, que le cœur de son fils, conservé dans un modeste cOffret en thuya.

- C’est à Staoueli, en ce lieu de carnage, que devait s’élever un asile de prière, de charité et de travail!

La pierre de fondation du monastère avait été tirée des constructions romaines sur lesquelles les Espagnols avaient élevé, dans le temps, la redoute dite Torre-Chica, sur le littoral. Cette pierre, façonnée bien des siècles auparavant par le ciseau des vainqueurs du monde, fut placée sur un lit de boulets ramassés dans l’enceinte même de la nouvelle Trappe, où ils dormaient depuis le grand jour de la bataille.

Deux ans après, au mois d’août 1845, l’évêque d’Alger consacrait solennellement l’église de la Trappe de Notre-Dame de Staoueli.

C’est là que furent transportés et inhumés, le 31 mai 1880, les restes mortels du R. P. Régis, le vénérable fondateur de la première Trappe d’Afrique, pour y attendre la résurrection de la chair.

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