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La Procession

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Si la place du Gouvernement a vu les saturnales de 1848, me fit observer mon cousin Jean, elle a été aussi le théâtre d’imposantes cérémonies religieuses.

C’est sur son carré, bordé de vastes et élégants édifices, que se déroulaient les splendides processions de la Fête-Dieu et que s’accomplissait l’épisode le plus touchant, et le plus imposant, de cet acte de foi; la bénédiction du Très-Saint-Sacrement, donnée par l’évêque officiant, à la terre et à la mer, adorant le Seigneur.

Au milieu de la place du Gouvernement s’élevait le reposoir, surmonté de la croix qui, de sa hauteur, dominait le croissant de la mosquée de la Pêcherie; à sa base, s’agitait une multitude de têtes d’anges, parées et couronnées de fleurs. C’étaient les enfants des asiles qu’on avait assis, la face tournée vers le peuple, sur les gradins qu’ils animaient de leurs mouvements.

Les quatre faces du monument regardaient les quatre points cardinaux, ayant devant elles: au nord, le port où se balançaient mille mâts pavoises aux couleurs de toutes les nations; au sud, la ville dressée en amphithéâtre et dont chaque fenêtre embrassait le coup d’œil; à l’est, le quartier Bab-Azoun et les deux Mustapha; à l’ouest, enfin, Bab El-Oued et le vert Bouzareah.

C’est dans un tel cadre que se déployait la procession d’Alger!

Je la vois encore! il me semble que j’y suis! reprenait le cousin Jean avec plus d’ardeur, avec une mimique plus vive:

Deux haies de soldats se déroulent à droite et à gauche, sur tout le parcours de la procession.

Les fanfares, les musiques militaires et civiles ont déjà pris leur position, de distance en distance.

Les chevaux d’un escadron piaffent et hennissent sur la place. Les, matelots sont debout sur leurs vergues, remplissant les hunes; les fenêtres et les terrasses des maisons se peuplent de spectateurs; les Arabes tapissent les murs, se cramponnent aux angles des édifices, se hissent les uns sur les autres pour mieux voir.

La procession paraît: quatre gendarmes à cheva ouvrent la marche; entre les deux haies mobiles des soldats, s’avancent deux immenses rangées de jeunes filles, vêtues de blanc et venant de toutes les écoles d’Alger; puis les orphelines de Mustapha, les confréries de femmes, de dames de la Société de charité, les religieuses de tous les ordres.

A leur suite se développent les lignes de garçons, tous les enfants des écoles primaires et des petites pensions de la ville, tenant des oriflammes à la main; les Orphelins de Ben-Aknoun, le Lycée, le petit Séminaire, et, après eux, les confréries d’Italiens, de Maltais, d’Espagnols avec leurs bannières déployées; les Conférences de Saint-Vincent de Paul, toutes les maîtrises de la ville, le grand Séminaire, tout le clergé, le chapitre, l’abbé de Staoueli, avec sa crosse de bois, l’évêque, sous le dais, portant le Saint-Sacrement, et, derrière lui, une masse d’hommes, suivis de quatre gendarmes qui ferment la marche.

Au fur et à mesure qu’elle arrive, la procession se déroule et s’enroule sur la place, forme mille lacets, mille méandres autour du reposoir, et dessine, sans se rompre, une multitude de dessins semblables à une fine toile d’araignée.

Dès que le Saint-Sacrement débouche par la rue Bab-Azoun, le gouverneur général avec son brillant état-major, la Cour, en robe rouge, le Tribunal, les fonctionnaires civils descendent du palais et viennent se placer en face du reposoir.

Après les oraisons, l’évêque, tenant en main l’ostensoir, se tourne pour bénir.

Alors une voix puissante crie:

- Genoux, terre!

Aussitôt, les tambours battent aux champs, les musiques retentissent, les cantiques s’entremêlent, les fusils résonnent en reposant sur le sol, les canons de mer répondent aux canons de la terre: un frémissement involontaire s’empare des cœurs: Dieu est là! On s’incline et l’on se relève avec un immense soupir de foi et d’admiration qui couvre, comme un religieux hourra, l’autel, la place et la cité.

Le cousin Jean s’arrêta, ému, troublé, et comme lui, je gardai un silence douloureux.

Aujourd’hui, en effet, ces imposantes et salutaires solennités religieuses, qui réjouissaient notre âme en l’a fortifiant, sont interdites en Algérie comme en France! Non seulement les soldats n’escortent plus de processions, puisqu’elles sont supprimées, mais ils n’entrent même plus dans les églises pour y rendre les honneurs funèbres à leurs chefs et à leurs camarades décédés! Combien différentes sont les époques, et quel regret amer soulève notre cœur de chrétien! Silencieux et pensifs, nous quittons la place du Gouvernement et la statue du duc d’Orléans, pour suivre la rue Bab-Azoun, si commerçante, si animée dans l’étrangeté que lui donnent ses arcades.

Nous arrivons ainsi à la place d’Isly que décore une autre statue, devant laquelle nous nous inclinons, celle du maréchal Bugeaud.

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