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La panthère et l’enfant

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Une femme, veuve depuis peu, sortait d’une des pauvres cabanes qui avaient formé le hameau de Dely-Ibrahim, lors de l’établissement du petit camp de ce nom sur une hauteur d’où l’on a des vues sur Staoueli, d’un côté, et, de l’autre, sur un terrain nu et mamelonné, s’étendant jusqu’à Douera.

Elle allait, la pauvre femme, dans la plaine de, Staoueli, chercher de l’herbe pour sa chèvre.

Un enfant était à son sein, l’autre – garçon de douze à treize ans – la suivait portant, sur son épaule, un fusil à pierre, tel que le gouvernement en avait distribué aux colons de la banlieue d’Alger.

La mère ne voulait pas qu’il emporta ce vieux mousquet, chargé depuis un an peut-être; mais l’enfant s’était obstiné, et la mère avait fini par céder…

Le trio étant arrivé au pied du mamelon où était assis le camp, la mère déposa son nourrisson sur l’herbe épaisse, sous un bouquet de tamaris, et, s’armant de sa faucille, elle coupa l’herbe qui lui était nécessaire et dont elle fit un fagot.

Déjà elle l’avait placé sur sa tête, et, reprenant son nourrisson, elle allait se diriger vers le village, lorsque son fils poussa un cri d’effroi.

La mère se retourne. Suivant l’indication de la main de l’enfant, elle aperçoit la tête énorme et les yeux flamboyants d’une panthère, tapie sous un buisson de lentisques, à vingt mètres d’elle! Son fils arme son fusil et veut tirer, la mère l’en empêche: elle espère que l’affreuse bête les laissera s’en aller sans les attaquer.

Elle avance un peu, se retournant à chaque pas et serrant son nourrisson contre son sein; le fils marche à reculons, son fusil bas et armé, le doigt sur la détente.­­

La panthère s’est ramassée; elle bondit sur le groupe humain. Au même instant, le garçon pousse un cri, un coup de feu se fait entendre, la mère tombe à genoux:

- Jésus, Marie! supplie-t-elle, les yeux au ciel, dans l’attitude d’un condamné attendant le coup mortel.

Quelques secondes se passent, terribles et pleines d’angoisses, et l’enfant se jette au cou de la veuve:

- Regarde, mère! Et la mère se retournant, voit la panthère, étendue, sans vie, à quelques pas d’elle…

Au moment où l’affreuse bête s’élançait sur le fils, celui-ci, tremblant de terreur, instinctivement, nerveusement, avait appuyé sur la gâchette, sans épauler, encore moins sans viser; le coup était parti et la balle avait traversé le cœur de la panthère!

Arrivée toute tremblante au village, la veuve courut au camp et raconta la scène terrible et le danger de mort auquel elle venait d’échapper.

Une escouade en armes fut envoyée sur les lieux, guidée par le jeune héros de ce drame.

On trouva la panthère où elle était tombée; elle mesurait 1 mètre 35.

Mise sur un mulet et portée au camp, elle fut présentée au gouverneur général, qui donna une forte prime à cette pauvre famille si miraculeusement sauvée des griffes du plus cruel des fauves de l’Algérie.

L’évêque, à son tour, prit à sa charge l’éducation du petit garçon et veilla désormais sur la mère ainsi que sur le nourrisson.

Depuis, la veuve, d’une piété modeste, mais inaltérable, disait avec une conviction ardente:

- Je dois mon salut à ces deux mots: Jésus, Marie! Prononcés au moment suprême!

Et certainement elle disait vrai…

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