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Kabylie

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Mon cousin Jean me montre, d’un geste éloquent, le pic immense, et semble vouloir parler au géant lointain;

Kabylie! Djurdjura! Noms grandioses, qui éveillent tout un monde de souvenirs tristes et joyeux, mais tous glorieux; souvenirs de marches accablantes et de combats sanglants, de dangers et de victoires, où les noms illustres des Bugeaud, des Randon, des Lamoricière, des Canrobert et des Mac-Mahon, des Yusuf, et des Saint-Arnaud, où tous ces noms victorieux retentissent comme le clairon répercuté par les mille échos de ces montagnes, pendant la rude bataille!

- Comme vous êtes belliqueux, cousin Jean, m’écriai-je surpris de son animation.

- Je vais: vous détromper, en choisissant, parmi mes souvenirs, celui qui est plus conforme à mes aspirations et à l’état de ces populations montagnardes, si farouches autrefois, si paisibles aujourd’hui, sous la douce influence des Sœurs et des Pères blancs, fixés au milieu d’elles.

Le 5 juin 1853, le gouverneur général appela à son bivouac de Sidi-Etnin, une partie des populations récemment soumises, pour les faire assister à la remise des burnous d’investiture de leurs chefs.

Au centre du grand carré des troupes, étaient réunis cinq ou six cents Kabyles à la figure sauvage, aux vêtements sordides, qui venaient, en toute confiance, quelques jours seulement après avoir essuyé les ravages de la guerre, reconnaître la puissance de la France dans les baïonnettes qui les avaient décimés la veille.

Le maréchal, après leur avoir fait comprendre la volonté de la mère patrie, les avantages qu’ils trouveraient à suivre les conseils qui leur seraient donnés par les officiers chargés’ des bureaux arabes et ceux qu’ils retireraient, en vivant en paix avec leurs voisins, distribua une quarantaine de burnous rouges à leurs chefs, maintenus à la tête de leur administration.

Chaque chef ou caïd, vint recevoir des mains des Spahis le burnous, qui lui était immédiatement jeté sur les épaules; il baisait ensuite la main du gouverneur, recevait son brevet, et, reprenait sa place devant les représentants dé sa tribu.

Faite avec toute la pompe militaire, annoncée et terminée par des bans et des salves d’artillerie, cette cérémonie émouvante impressionna les nouveaux chefs.

L’office divin suivit immédiatement l’investiture administrative.

Sur un point élevé, placé au centre du bivouac du gouverneur général, on avait construit, avec des tambours, des canons et des affûts, un autel qui n’avait d’autres ornements que quelques fleurs des champs et des faisceaux d’armes. Il était surmonté d’une croix rustique, faite de deux branches noueuses de chêne-liège; telle devait être la croix sur laquelle fut attaché le Christ!

Pour encadrement ce temple improvisé avait les beautés de la nature; ni Saint-Pierre de Rome, avec ses magnifiques peintures, ni la Madeleine de Paris, avec ses tapis, ses marbres et ses dorures, ni ces belles cathédrales gothiques de la vieille France, avec leurs sculptures, leurs vitraux peints et leurs ombres pleines do mystère, ne pourraient rendre le grandiose de cette église toute primitive, dont la vue reportait l’esprit à plusieurs siècles en arrière et lui rappelait Constantin dans les Gaules, Philippe-Auguste, le matin de la bataille de Bouvines, et saint Louis aux ruines de Carthage.

Derrière l’autel, apparaissaient les hautes montagnes de la Kabylie orientale, aux arêtes dentelées, veinées de couches de neige, ayant pour, auréole des cercles de nuages.

Ces montagnes semblaient de gigantesques statues, dont les têtes sourcilleuses se perdaient dans un ciel sombre et chargé de tempêtes.

Sur la gauche et derrière l’armée, paraissait, sous une atmosphère vaporeuse et embrasée, la mer d’Afrique, dont le flot, tantôt calme et azuré, comme celui d’un beau lac d’Italie, tantôt soulevé par la tempête, et, furieux, se promène sans cesse du rivage de notre France au rivage de notre nouvelle colonie.

Le R. P. Régis officiait. Supérieur de la trappe de Staoueli, il y avait dans la nature et le caractère de ce moine, guerrier, et organisateur, comme un reflet d’Urbain II, de Pierre l’Ermite et de l’évêque d’Antioche.

Les lignes des troupes encadraient le terrain; en avant des soldats, étaient placés les officiers. Derrière Les troupes, sur les versants des collines, on apercevait, au milieu des bouquets de lentisques, de myrtes et de lauriers-roses, les tentes du camp, et, plus loin, sous les hêtres et les oliviers séculaires, des groupes de Kabyles, étonnés et silencieux, garnissaient les ogives de verdure de cette immense basilique, dont les sauvages ornements avaient été fournis par la nature seule.

Pendant l’office, une des musiques exécuta plusieurs morceaux.

Jamais les grandes compositions des maestrias n’avaient réveillé des échos plus sublimes que ceux des Babars et de la vallée de l’Agrioum.

Officiers et soldats étaient recueillis pendant cette cérémonie grandiose; mais le recueillement se changea en une véritable émotion, au moment où le prêtre éleva l’Hostie sainte au-dessus des têtes et des drapeaux abaissés, au bruit des tambours que dominait la grande voix’ du canon.

On eût dit que l’Église française prenait possession de cette terre qui, depuis l’épiscopat de saint Augustin, n’avait peut-être pas été foulé par le pied du chrétien.

- Je vous conte tout cela en répétant mot à mot l’admirable description du colonel Clerc dans ses Souvenirs, me dit le cousin Jean, comme je le remerciais du magnifique tableau qu’il venait de faire renaître ainsi devant moi. Je suis trop jeune pour avoir vu cela, mais j’ai parcouru la Kabylie, j’ai vu l’emplacement où fut dite la sainte messe, et j’ai gardé, profondément gravé dans ma mémoire, le récit qui a été fait de cette cérémonie unique.

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