Bienvenue, visiteur ! [ S'enregistrer | ConnexionFlux RSS  |   |  Ajouter une annonce

Commentaires fermés

Jours de deuil

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

A partir de cette fête radieuse, des souffrances cruelles atteignirent Mgr Dupuch, et les jours de son épiscopat furent des jours d’épreuves pour le vénérable prélat. Il eut à souffrir, comme évêque et comme administrateur, jusqu’à ce que, vaincu par l’adversité, il quittât le siège où pendant sept ans, il avait prodigué sans mesure sa piété, son dévouement, sa santé et sa vie.

Pontife de la religion chrétienne, il eut à lutter contré l’hostilité manifeste du pouvoir central, adversaire du dogme dont il avait le dépôt.

Le directeur civil de l’Algérie, sous prétexte de ménager les susceptibilités des musulmans, alla jusqu’à interdire dans les hôpitaux tout signe extérieur du culte catholique, commençant ainsi, une série de mesures odieuses et ridicules contre tout ce qui représentait, en Afrique, la piété et la charité.

Il arriva même qu’une enquête fut ouverte pour convaincre les Sœurs d’abus et de prosélytisme; un médecin civil déclara que les religieuses ourdissaient certainement un complot, car il les avait surprises «distribuant des médailles à leurs affidés, en signe de ralliement.»

D’autres, abus de cette force étaient signalés et le ministre de la guerre ne craignit pas de signifier le 3 Juin 1846, que la population catholique était la seule dont le clergé eût à s’occuper.

On oubliait que des milliers d’Arabes avaient été sauvés, par nos évêques, de la misère et de la faim, aux époques de la disette et de l’épidémie! Et la persécution continua! Un prêtre fut officiellement réprimandé pour avoir discuté sur la religion avec des Arabes.

Un missionnaire, venant de la Syrie, reçut défense de mettre pied à terre sur le rivage Algérien, parce qu’il parlait l’Arabe et qu’il eût pu causer avec les indigènes.

On voulut défendre à l’évêque de laisser apprendre l’arabe à ses jeunes élèves des séminaires.

Tout prêtre, convaincu d’avoir fait le catéchisme à deux ou trois Arabes, serait immédiatement embarqué pour la France.

Tandis qu’on menaçait ainsi la religion chrétienne, on favorisait les musulmans, jusqu’à bâtir des Mosquées à Philippeville, par exemple, alors qu’il ne s’y trouvait pas un Arabe.

Tant de vexations arrachèrent à Mgr Dupuch un cri d’indignation que traduisit une de ses lettres au Pape:

Père Saint, disait-il, il eût fallu sinon être aidé, encouragé, favorisé d’une manière quelconque par le gouvernement de mon pays, du moins ne pas être perpétuellement contrarié, traversé, soupçonné, empêché, indirectement, directement même parfois, sur ce point capital. Mieux! Oh! Oui, mieux eût valu mille fois, pour un évêque missionnaire, et le premier évêque d’Alger ne pouvait pas ne pas l’être, la cangue sous laquelle prêchent encore les apôtres dont la parole n’est pas liée, ou le fer sous lequel ruisselle, toujours féconde, avec leur sang, la semence des chrétiens, selon ce que répétèrent les premiers échos de cette terre, à la voix de son Tertullien.

A ces difficultés se joignirent, pour Mgr Dupuch, des obstacles matériels contre lesquels il se brisa.

Ce furent les grandes dépenses nécessitées par l’établissement du culte, la disproportion énorme entre les besoins urgents et les ressources dérisoires mises par l’État à la disposition de l’évêque.

Mgr Dupuch devait pourvoir à tout: à la subsistance des prêtres, à l’entretien du grand et du petit Séminaire, à celui des établissements de charité. Il succomba sous le poids trop lourd, qu’il avait pris…

Le 9 décembre, le vénérable prélat envoyant sa démission à Rome, se retira, à la Trappe de Staoueli, pensant y finir ses jours.

Il en sortit pourtant et la mort le prit à Bordeaux, le 18 juillet 1856.

Comme il arrive trop souvent, hélas! Les hommes comprirent alors seulement la perte qu’ils venaient de faire. Son dévouement et ses souffrances lui mirent l’auréole au front, et sa dépouillé mortelle, d’abord déposée dans l’église primatiale de Bordeaux, fut transportée à Alger, sur la demande de Mgr Pavy, son successeur à l’Épiscopat africain.

Depuis, les catholiques ne sauraient entrer à la cathédrale d’Alger, sans s’approcher de cette grande tombe, d’évêque. Ils veulent implorer celui qui, le premier, travailla au rétablissement de leur culte dans un pays où il eut à lutter, non seulement contre l’hérésie, mais encore contre l’apostasie de compatriotes qui l’arrêtaient dans son œuvre admirable de Prosélytisme et de charité.

Malgré tout, dans la mort comme dans la vie, le digne prélat ne quitte pas l’Arabe, qu’il essaya d’arracher à l’erreur et de conduire à la vie éternelle.

Dieu semble le prouver, en permettant qu’à côté de sa tombe vinssent reposer les ossements d’un musulman héroïque, martyr de la foi chrétienne, trois siècles auparavant.

Voici dans quelles circonstances fut érigé le second tombeau que nous voyons dans la cathédrale d’Alger, et sur lequel est inscrit le nom de l’Arabe Geronimo.

Pas de mots clés

  

  • Les gorges de la Chiffa

    par sur 24 juin 2012 - 0 Commentaires

    On ne va pas à Blida sans aller visiter les Gorges de la Chiffa, au fond desquelles passe la route de Médéa construite tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre bord

  • Les Orphelinats

    par sur 24 juin 2012 - 0 Commentaires

    Dès la fin de 1842, le P. Brumauld ouvrait, aux environs d'Alger, un asile destiné à recueillir les pauvres petits garçons qui restaient sans ressources en Algé

  • Mustapha-Kouba

    par sur 24 juin 2012 - 0 Commentaires

    Quittant la statue du maréchal Bugeaud et la place d'Isly, nous prîmes la large route qui se dirige à l'est, et qui montre, à sa gauche, le Fort des Anglais, fo

  • L'arabe Geronimo

    par sur 24 juin 2012 - 0 Commentaires

    En 1853, il était question de raser le fort des Vingt-Quatre-Heures, pour dégager l'esplanade de Bab El-Oued et y établir un parc d'artillerie. On était en m

  • En route vers l'ouest

    par sur 24 juin 2012 - 0 Commentaires

    Quittant Alger, un matin, nous prenons le chemin de fer qui nous conduira à Blida et plus loin si nous le voulons, car l'Algérie est sillonnée dé voies ferrées