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Histoire ancienne et moderne

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

En quittant Staoueli, nous étions rentrés à Alger par les hauteurs que suivit l’armée française en 1830.

Passant par Dely-Brahim, autrefois poste avancé des zouaves et premier essai de colonisation, nous avions rencontré ensuite Ben-Aknoun, où le R. P.

Brumauld, de la Société de Jésus, établit le premier des orphelinats agricoles, qui, depuis, se sont étendus aux deux autres provinces.

Nous étions arrivés ainsi au Fort-l’Empereur (Sultan-Calaei), dont la possession nous livra Alger.

C’est sur ce point, dominant la ville et le port d’Alger, que Charles-Quint avait établi son quartier général, lors de son expédition en 1541.

À cette époque, le puissant monarque organisa une expédition destinée, dans sa pensée, à venger les humiliations que le croissant avait infligées au drapeau castillan, et à délivrer la chrétienté du joug honteux de l’Islamisme.

Cette armée, portée par cent vaisseaux et vingt galères, arriva devant Alger; la flotte jeta l’ancre au cap Matifou, et les trente mille hommes que commandait l’empereur lui-même, débarquèrent sans opposition et vinrent en partie camper sur une éminence qui dominait la ville.

En peu de temps, les troupes espagnoles eurent élevé sur cet emplacement le fort qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Fort-l’Empereur.

Charles-Quint était sur le point de se rendre maître d’Alger, qu’il avait vivement attaqué; on parlait déjà de capitulation, lorsque tout à coup une horrible tempête vint bouleverser la rade, disperser la flotte espagnole et submerger quatre-vingt-dix bâtiments, avec tous leurs équipages et leurs agrès.

Le camp, assis sur un coteau, fut immédiatement inondé par les eaux qui descendaient en torrents des montagnes.

Les tentes, les bagages, les hommes et les chevaux, tout fut entraîné vers la mer.

La terreur était telle, et les destinées si épouvantables, que l’empereur, ne voyant de salut que dans la fuite, suivit ceux de ses soldats qui se dirigeaient vers la flotte, abandonnant matériel et bagages; mais il était trop tard.

Les Arabes de la plaine, qui venaient au secours des Algériens, coupèrent la route aux Espagnols et en firent un tel carnage qu’une faible partie seulement parvint à se rembarquer.

Charles-Quint fut assez heureux pour atteindre une barque, joindre un navire et se sauver.

Plusieurs nobles Espagnols, hommes et femmes, qui avaient suivis l’empereur, furent retenus en esclavage avec un grand nombre de soldats.

Tel fut le résultat de cette expédition.

La route du fort, que nous suivions, ainsi en revenant de Staoueli, réveille des souvenirs plus récents, puisque l’armée française l’a pris après les victoires de Sidi-Ferruch et de Sidi-Halef, et qu’elle devait lui livrer le fruit de son courage et de sa constance.

Dès le premier jour, l’investissement du fort était complet par la face abordable; le 30 juin, notre artillerie faisait taire celle de la place, et les sorties de la garnison étaient repoussées à la baïonnette.

Alors, les remparts étant démantelés, nos batteries tirèrent sur l’intérieur du fort en redoublant d’activité.

Deux mille hommes se trouvaient enfermés dans ce fort, à peine suffisant pour cinq ou six cents et ne contenant aucun réduit, aucun emplacement à l’abri de la bombe.

Nos bombes et nos obus, dont pas un ne manquait plus le but, causaient d’effroyables ravages sur cette multitude entassée; suivant l’expression de l’un d’eux, nous ne les eussions pas mieux placés avec la main.

Le’ commandant du fort se décida donc à la retraite qu’il essaya de rendre plus meurtrière pour nous, que pouvait l’être une défense plus prolongée.

On ouvrit les portes du château: les Arabes emportèrent les morts et les blessés; les Turcs formèrent l’arrière-garde et marchèrent en bon ordre, conservant un air d’intrépidité et de résolution admirables.

Ils se dirigèrent vers la Casbah; mais Hussein ne les eut pas plus tôt aperçus, qu’il fit tirer sur eux à mitraille, irrité qu’il fût de la chute de sa dernière forteresse.

Après la retraite de la garnison, un seul homme continua à se montrer encore sur les remparts déserts du château; c’était un nègre. Passant la tête à travers une embrasure, il venait, de temps à autre, examiner l’état de la brèche.

Deux drapeaux rouges flottaient aux angles du château; aux deux dernières apparitions qu’il fit, le nègre prit, chaque fois un de ces drapeaux.

A peine eut-il disparu pour la seconde fois, qu’une explosion terrible se fit entendre; le château s’engloutit, au milieu d’une éruption de flamme et de fumée, sortie de ses propres flancs.

La terre trembla; puis, du sein de l’obscurité, se développa, peu à peu, un vaste et sombre tourbillon, une trombe immense, du premier bond touchant aux nuages et continuant de monter.

Après un moment de stupeur, les bataillons français entrent dans le fort l’Empereur démantelé, abandonné, et, du milieu de ses ruines, nos soldats aperçoivent Alger à leurs pieds.

La plus grande terreur y régnait en ce moment.

Les préjugés nationaux et religieux étaient enfin devenus impuissants à aveugler plus longtemps les habitants sur l’issue de la journée.

Ils cachaient dans des endroits secrets ce qu’ils avaient de précieux; les familles se blottissaient sous tous les abris qui pouvaient les sauvegarder de la bombe et du boulet; d’autres couraient en foule vers là porte de Constantine, demeurée libre, et qu’ils ne tardèrent pas à encombrer.

Les succès rapides de nos troupes nous grandissaient aux yeux de tout ce peuple qui nous regardait comme une race d’hommes gigantesque, terrible, impitoyable, plus redoutable, mille fois, que tout autre ennemi.

Vers le milieu du jour, les Français virent un Turc déboucher d’un chemin creux dont les sinuosités l’avaient longtemps caché. Il tenait un drapeau blanc, le drapeau des parlementaires; on vint à lui, on l’interrogea.

C’était un secrétaire du dey, nommé Mustapha.

- Je viens au nom des grands et de la guerrière milice d’Alger, dit-il, et je demande la paix.

Conduit au général, il se fit connaître, après avoir répété les mêmes paroles, comme autorisé à promettre que la Régence paierait les frais de la guerre, à condition que les troupes françaises n’entrent pas dans Alger.

Pour toute réponse, on lui montra nos travaux de siège qui continuaient avec activité, et on lui répondit que la première base de toute capitulation devait être la reddition de la ville et des forts qui en dépendaient.

Après lui, deux Maures se présentèrent et s’entretinrent quelques instants avec le général en chef, conférence qui se tenait sur les ruines du Château-de l’Empereur, au bruit du canon, dont les boulets sifflaient au-dessus de la tête des diplomates, à qui cela ne manquait pas d’être désagréable. L’un d’eux baissait même assez fréquemment la tête, «saluant le boulet» comme disaient les soldats.

- Eh! parbleu, lui dit le général de Lahitte en le prenant par le bras, ne vous inquiétez pas; c’est à nous que cela s’adresse.

Le mot eut du succès; et c’est bien là ce vieil esprit français qui se plaisait à jeter sur les champs de bataille autant de bons mots que de traits d’héroïsme et d’actions d’éclat.

La conférence terminée, sans résultat, les deux parlementaires se retirèrent après avoir reçu la réponse, déjà faite à leur prédécesseur, qui ne tarda pas à revenir.

Cette fois, Mustapha était accompagné de deux Maures, du consul et du vice-consul d’Angleterre.

L’état-major, entourant le général en chef, et tous les officiers généraux les attendaient, assis sur les troncs de trois ou quatre arbres nouvellement coupés.

En quelques minutes, les conditions de capitulation pour Alger furent écrites et confiées au secrétaire du dey.

Comme il s’éloignait avec ceux qui l’avaient accompagné, le général en chef laissa échapper quelques doutes sur l’adhésion du dey aux conditions qu’on allait lui offrir. Alors, l’un des envoyés, le regardant fixement, avec une voix douce et Garnie, avec une figure où ne perçait pas la plus légère émotion:

- Voulez-vous, dit-il, qu’en revenant auprès de vous, je tienne le traité d’une main et sa tête de l’autre?

- A Dieu ne plaise, s’écria M. de Bourmont, quelque peu troublé de la proposition et cédant à une émotion réelle, à Dieu ne plaise, que je veuille la mort de personne, hors du champ de bataille.

Ces paroles firent paraître quelque émotion sur la figure du Turc, jusque-là impassible.

La chose qu’il venait de dire lui paraissait si simple, si naturelle, qu’il s’étonnait, intérieurement, de la surprise qu’elle venait de produire.

Hussein apposa son sceau sur la capitulation, en gage d’adhésion; mais le lendemain, dès l’aube, il faisait demander un sursis de quelques heures, à l’exécution de sa promesse.

On le lui refusa, ajoutant seulement qu’il était libre au dey de partager la Casbah, avec le général en chef.

Cette dernière proposition révolta Hussein qui ne put supporter la pensée d’habiter le même toit que celui qui l’avait précipité du trône; il fit enlever en toute hâte ses trésors, ses pierreries, ses meubles, ses vêtements les plus précieux et il s’éloigna avant que les Français ne parussent.

Le lendemain, Hussein-dey s’embarquait pour l’Italie; les troupes françaises entraient dans la ville, le drapeau tricolore flottait sur les remparts d’Alger la guerrière, l’imprenable, l’invincible! Ainsi se réalisait cette parole de Bossuet, dans un de ses incomparables discours:

«Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur (la France), Alger, riche des dépouilles des nations.»

La France avait brisé le joug des pirates, sous lequel la chrétienté courbait honteusement la tête depuis des siècles; les mers étaient libres et l’humanité vengée.

La Casbah, dans laquelle entrèrent si victorieusement nos troupes, ne fut pas toujours le palais des deys, qui demeuraient autrefois dans le bas de la ville: ce fut seulement le 1er novembre 1817, que le dey Ali-Hodja, s’y transporta pour se soustraire à la puissance sanguinaire de la milice.

Les frères Barberousse avaient fait fortifier ce point culminant d’où ils tenaient le port et la ville sous leurs canons.

La Casbah n’a subi de transformation qu’à l’intérieur approprié au logement de deux ou trois bataillons qui y tiennent garnison. On y a même conservé ce qu’on peut appeler un «monument historique» bien qu’il ne consiste qu’en une sorte de cage en bois plein, de quatre mètres carrés, attachée au mur d’une cour intérieure à la hauteur du deuxième étage.

L’entrée est de plein pied sur cet étage, l’intérieur en est peinturluré en couleurs vives et disparates, dans le goût Byzantin.

C’est dans ce pavillon aérien, que fut donné le coup d’éventail, cause de la ruine de cette puissance barbaresque que les mille canons des flottes chrétiennes n’avaient pu ébranler.

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