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Alger

| Mon voyage en Algérie | 24 juin 2012

Notre première pensée, en débarquant avait été une prière… De la cathédrale à Notre-Dame d’Afrique! Deux pèlerinages que notre cœur et notre piété nous imposaient.

Ce premier devoir rempli, le cousin Jean, à qui j’avais promis obéissance passive, décida que nous resterions quelques jours stationnaires, et je n’en fus pas fâché.

«Vivre c’est quelque chose pour apprendre, mais voyager c’est mieux» disait-il avec raison.

Pourtant, faut-il encore aller lentement, afin d’étudier non seulement le pays et les sites, mais encore les êtres qui le complètent et lui donnent sa physionomie vraie.

Aussi, ce fut une joie pour moi de m’attarder à Alger, qui est toujours El-bahdja, c’est-à-dire, la plus blanche ville d’Orient; quand le soleil se lève, quand elle s’illumine à ses rayons vermeils, on la croirait sortie d’un bloc de marbre blanc.

Flanquée de deux forts, terminés par les bâtiments de la marine, formant une jolie ligne architecturale qui se mire dans les eaux bleu pâle du port, Alger renferme deux villes distinctes, la ville européenne qui occupe les bas quartiers, et la ville arabe, qui se presse comme autrefois, autour de la Kasbah, où les zouaves ont remplacé les janissaires.

A ses portes, on trouve des promenades délicieuses; le jardin d’essai, le ravin de la femme sauvage, autant de courses charmantes que nous ne manquons pas de faire, le cousin Jean et moi.

Nous montons gaiement dans ces voitures faites exprès pour le Midi et qui vous abritent à peu près comme un parasol et vous éventent avec des rideaux toujours agités.

Ces carrioles, qu’on appelle «voiturins» à Alger, sont aussi mal suspendues que possible, mais vont horriblement vite, et, chose incroyable, ne versent presque jamais… Leur vrai nom là-bas est corricolos, d’un nom bien exact, puisqu’elles vont toujours au galop, comme si chacune portait un message pressé.

Chaque jour, dans un de ces équipages fantastiques nous parcourons les environs d’Alger, tantôt côtoyant la mer, tantôt longeant les ravins profonds.

Nous rencontrons des promeneurs à pieds, à cheval, des chariots militaires transportant du fourrage, des mendiants arabes, demi-nus, d’autres conduisant leurs ânes, trottant avec eux, s’ils sont chargés, les stimulant par un cri du gosier, bizarre, strident, qui leur est particulier.

Nous nous arrêtons parfois, près d’une fontaine presque toujours en maçonnerie blanche, et, soignée, entretenue comme chose précieuse et rare.

Un autre jour, nous visitons les cimetières; l’un des plus importants est consacré à un marabout célèbre, Sidi-Abdel-Kader, qui s’y repose depuis des siècles dans un petit monument, dans lequel les pèlerins se glissent furtivement par des portes, étroites et hautes, se refermant brusquement sur eux.

Un vieux Maure garde ce lieu, tandis que des femmes, des enfants viennent, en bande indifférente et souvent joyeuse, fouler les tombes, jeter des pelures d’oranges ou des restes de repas fait en famille.

Le vendredi surtout, les femmes se réunissent dans les cimetières, en véritables parties de plaisirs, et sous prétexte de rendre hommage aux morts.

Près des tombes, toujours très simples et faites d’un bloc de maçonnerie, surmonté d’un turban, grossièrement sculpté, les Mauresques viennent, en grande toilette, faisant étalage de leurs plus belles parures, couvertes de bijoux, s’installant, mangeant et bavardant, pendant des journées entières…

Les regardant de loin, pour ne pas les effaroucher, nous entendons un chuchotement général, fait de notes gutturales ou de cris suraigus, qui en font un ramage comparable à Celui d’une grande troupe d’oiseaux en révolte.

Lorsque le soir approche, à mesure que l’obscurité tombe, les rangs s’éclaircissent.

Des omnibus qui stationnent à peu de distance du cimetière, emportent ces singulières visiteuses des morts et les ramènent à Alger.

Pendant toutes nos promenades, le cousin Jean continue de me parler du pays qu’il me fait ainsi visiter afin que je puisse le bien connaître.

Un matin, assis sur la place du gouvernement, nous regardions la foule passer devant nous, et je m’extasiais sur la diversité de costumes et de types qui défilait devant nos yeux.

En résumé, me dit mon cousin Jean, Alger est une ville arabe, habitée par des Maures. Le reste est mêlé de nègres, d’émigrants Biskris ou Mzabites, de Juifs parlant la langue commune, enfin de quelques Arabes, mais en bien petit nombre.

Les historiens ont beaucoup écrit sur les Maures.

D’où viennent-ils? Qui sont-ils? À quelle famille orientale les rattacher? Viennent-ils des Maures.

Doit-on y voir, au contraire, un produit mélangé de toutes les invasions? Un composé de sang barbare et de sang gréco-romain? La question reste douteuse!

En tout cas, il est impossible de confondre les Arabes et les Maures, qui ne se ressemblent ni par le type, ni par les habitudes, et dont les intérêts mêmes sont différents.

L’Arabe est un peuple de campagnards, de voyageurs soldats surtout, et très grand de toutes manières.

Le Maure est boutiquier, rentier, «bourgeois» en un mot, tout contribue à le rendre petit. Ses boutiques étroites, sa vie sédentaire, son habitude d’être assis à la turque, plutôt qu’étendu à l’Arabe.

Avec la veste, collant à la taille, la culotte en forme de jupe et la ceinture, que beaucoup portent lâche, il lui est difficile de paraître majestueux quand il est vieux, et de ne pas avoir l’air efféminé, quand il est jeune.

La coutume, chez les Maures, de tenir la femme cloîtrée et inoccupée, amène l’homme à la remplacer dans bien des emplois et des travaux. Il coud, brode, prépare les laines, manie l’aiguille, fait ses habits, ceux de sa femme et de ses enfants, – à rencontre de l’Arabe, chez qui la fainéantise est le premier droit de l’homme.

Les Maures ne savent pas tenir une arme; ils n’aiment pas les chevaux et n’en possèdent guère; les plus riches ont des mules, qui leur servent pour leurs promenades; portent une selle, large et plate, sur lesquelles leur maître s’assied de côté; les braves bêtes vont de leur pas tranquille et sûr et ne ressemblent en rien aux montures fringantes des Arabes.

Parmi les Maures, se trouvent des scribes, des compteurs d’argent, des maîtres d’école; l’écritoire, le style de roseau, quelques feuillets de papier, et un vieux Coran manuscrit, cela suffit pour distinguer les Maures des Arabes, qui sont encore plus illettrés.

«En résumé, pourtant; le vrai peuple ne lit pas, il rêve, fume, et passe sa vie dans les bazars.»

J’eus peur de devenir aussi paresseux que mes voisins les Maures; je me levai, et j’entraînai mon cousin Jean vers le tribunal du Cadi, situé rue de la Marine, dans la cour même de la mosquée.

La cour, dallée de marbre, est fermée de balustrades, à l’extrémité qui donne sur la mer; au milieu, parmi des arbustes, des rosiers, de grands bananiers, complètement verts, s’élèvent une fontaine et deux pavillons.

Le plus petit, le moins fréquenté, appartient au muphti, qui représente la cour d’appel; l’autre est la chambre de première instance, occupée par le Cadi.

L’auvent, très saillant, protège un large perron où les clients déposent leurs savates et s’asseyent à l’ombre, en attendant que leur cause soit appelée. Par la grande porte ouverte, on peut assister, de l’extérieur, au débat; c’est, du reste, la seule ouverture qui éclaire la salle où se font les jugements.

A l’intérieur, on aperçoit, de chaque côté, des banquettes appuyées contre le mur, et, derrière, les bureaux où se tiennent les scribes, assesseurs du Cadi.

A l’entrée, un tabouret de bois pour l’huissier ou Chaouck: par terre, des nattes, où les clients s’accroupissent.

Au fond, faisant face à la porte, la place du Cadi, le tribunal! La fonction des scribes (adouls) est de dresser les jugements et aussi d’examiner les actes, de suivre les interrogatoires. On les reconnaît à leur coiffure particulière, en forme de citrouille, à leur pelisse de soie, qui cache entièrement la culotte, et, surtout à leur air plus digne, plus sévère. Il faut dire que le scribe est à la fois magistrat et homme d’église, puisqu’il préside aux cérémonies du culte et aux enterrements quant au Cadi, sa charge fait de lui un personnage très important.

Il est vêtu de blanc, de gris et de noir; il parle peu et interroge à voix basse, et souvent paraît écouter distraitement le plaignant.

Donc, quatre ou cinq scribes, un huissier, armé d’une baguette, un juge à la figure belle et douce, voilà toute la magistrature! On entre avec son adversaire; on s’assied par terre, à côté de lui; chacun, à son tour, expose son affaire.

Rien n’est plus simple… C’est la juridiction la plus logique, la plus humaine et la mieux nommée, si l’on veut bien conclure que le devoir de la justice est de concilier.

Je remarquai que les femmes n’entrent pas dans l’enceinte; il y a, pour elles, attenant à la salle d’audience, deux galeries ouvertes communiquant avec le prétoire par une fenêtre grillée, à hauteur d’appui. La femme, qui reste voilée et qui plaide par cette étroite ouverture, peut à peine passer les doigts à travers les barreaux quadrillés et animer d’une pantomime l’exposé de son affaire.

Le muphti, au-dessus de ce premier degré de juridiction, prononce en dernier ressort; lorsqu’un plaideur a perdu sa cause, il n’a que la cour à traverser pour passer en appel! Aux Arabes, que la loi des hommes mécontente en deuxième lieu, il reste la mosquée, où ils peuvent aller, en dernier recours, se pourvoir en cassation…

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